1-The Coral Atoll 8.00+
2-The Lagoon 8.36
3-Journey to the Line 9.21
4-Light 7.19+
5-Beam 3.44*
6-Air 1.10
7-Stone In My Heart 4.28
8-The Village 5.52
9-Silence 5.06
10-God U Tekem Leaf Blong Mi 1.58
11-Sit Back and Relax 2.06**

+Contient adaptation originale
de 'Christian Race',
hymne du folklore américain.
*Composé par John Powell
Featuring Francesco Lupica
**Composé et interprété
par Francesco Lupica.

Musique  composée par:

Hans Zimmer

Editeur:

RCA Victor
09026 63382 2

Score produit par:
Hans Zimmer
Album compilé par:
Gavin Greenaway
Superviseur de la musique:
Rosanna Sun
Monteurs de la musique:
Lee Scott, Adam Smalley
Assitant de Hans Zimmer:
Scott Newman

Artwork and pictures (c) 1999 Twentieth Century Fox film Corp. All rights reserved.

Note: *****
THE THIN RED LINE
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Hans Zimmer
Sorti en 1998, « The Thin Red Line » est incontestablement la nouvelle grande oeuvre maîtresse du très discret Terrence Malick, un réalisateur qui n’avait pas refait parler de lui depuis 1978 avec « Days of Heaven » (Les moissons du ciel). Il aura donc fallut attendre 20 ans pour que le cinéaste américain nous offre un nouveau chef-d’oeuvre, et non des moindres : « The Thin Red Line » (La ligne rouge), réflexion bouleversante sur la vie humaine et l’absurdité de la guerre inspirée du roman autobiographique de James Jones sorti en 1962 (et déjà adapté en film dans la version d’Andrew Marton sortie en 1964). Le film de Terrence Malick raconte l’histoire de la bataille de Guadalcanal dans le Pacifique en 1943, ayant opposé les américains et les japonais durant la Seconde Guerre Mondiale. On y suit le périple agité d’une division de jeunes soldats qui vont devoir prendre d’assaut la colline 210 protégée par un bunker japonais solidement armé. « The Thin Red Line » s’avère donc être le film événement, de l’année 1998, parce qu’il marque ainsi le retour d'un réalisateur pas comme les autres, et parce qu’il traite d'un sujet sensible, la vie humaine en temps de guerre, et pour retranscrire une vision aussi humaniste, Terrence Malick s’est entouré de la fine fleur des acteurs d’Hollywood : Sean Penn, Jim Caviezel, Adrien Brody, Ben Chaplin, John Travolta, Nick Nolte, John Cusack, Georges Clooney, Woody Harrelson, Elias Koteas, John C. Reilly, Jared Leto, Thomas Jane, Miranda Oto, John Savage, Nick Stahl, etc. (Sans parler de toutes les autres stars qui ont tourné dans des scènes coupées du film). Toutes ces vedettes se sont battues pour tourner dans le film événement de cette fin d’année 98. « The Thin Red Line » s’avère être au final un film de guerre pas comme les autres, une vision bouleversante et différente du conflit : peu de mots pourraient réussir à décrire une pure oeuvre d'art, aussi parfaite, aussi maîtrisée et aboutie. Terrence Malick exprime avec une rare justesse la sensibilité de ces différents personnages, des hommes ordinaires qui, tour à tour, vont exprimer leurs sentiments et leur regard sur la vie et la mort, une réflexion philosophique profonde sur le sens de l'humanité et l’absurdité de la guerre. Clairement antimilitariste, le film de Terrence Malick se veut avant tout comme une parabole bouleversante sur l’humanité et l’amour comme seule arme véritable contre la guerre.

En ce sens, son récit prend des proportions véritablement philosophiques lorsque le cinéaste fait intervenir des voix-off pour commenter les sentiments intérieurs de ses personnages, leurs pensées, leurs préoccupations et leurs réflexions sur l’existence humaine. Même s’il s’agit avant tout d’une grosse production produite par la 20the Century Fox, « The Thin Red Line » se pare très clairement d’aspirations auteuristes, et qui, malgré un casting extrêmement spectaculaire (du jamais vu, pour un film de ce genre !), ne contient aucun rôle principal, chaque personnage apportant sa propre vision du monde d’un bout à l’autre du métrage. Le film contient des moments d’une poésie et d’une beauté bouleversante, des scènes magnifiques de la nature apaisante et merveilleuse (cf. ces plans où la lumière du soleil filtre ses rayons à travers les arbres de manière quasi paradisiaque) côtoyant des scènes de bataille extrêmement violentes, d’un réalisme incroyable, des scènes extrêmement rapides et mouvementées, qui contrastent radicalement avec la profondeur statique et apaisante des scènes montrant la vie quotidienne des habitants de l’île de Guadalcanal. Jamais encore un réalisateur n’avait montré la guerre sous cet angle au cinéma, la morale du film étant que, dans une guerre, il n'y a jamais de vainqueur. Le film a connu un succès assez mitigé à sa sortie en salle en 1998, probablement éclipsé par un autre film de guerre sorti au même moment, et qui lui a connu un plus grand succès, « Saving Private Ryan » de Steven Spielberg. Malheureusement, aussi incroyable que cela puisse paraître, ce pur bijou du 7ème art n’a reçu aucune récompense, un fait totalement scandaleux et inacceptable (même si « The Thin Red Line » a reçu sept nominations aux oscars 1998). A noter cependant qu’en 1999, le film de Terrence Malick remportera quand même l’ours d’or au festival de Berlin.

Inattendu sur ce film, Hans Zimmer a composé une musique exceptionnelle sur plus d’un point pour « The Thin Red Line ». Signalons simplement pour commencer que le compositeur et son équipe principale de chez Media-Ventures ont écrit un peu plus de quatre heures de musique pour le film. Par la suite, Terrence Malick a remonté son film dans une version de 170 minutes et choisi parmi les nombreux morceaux proposés par Hans Zimmer et son complice John Powell pour construire la bande son de son film, une manière de travailler tout à fait étonnante, révélatrice de la vision unique d’un cinéaste hors norme. Le compositeur allemand a abordé ici un style musical totalement nouveau pour ce film, délaissant les synthétiseurs et les percussions musclées de « The Rock » ou « The Peacemaker » pour construire une oeuvre à la fois belle, sereine, mélancolique et profonde, reflétant la sensibilité de l'histoire et l'humanité de ses personnages. Hans Zimmer a donc eu recours à l'orchestre symphonique traditionnel, utilisant quelques éléments ethniques évoquant la musique exotique polynésienne, comme c’est le cas par exemple pour « God U Tekem Leaf Blong Mi », inspiré en partie du chant magnifique que l'on entend d'ailleurs dans la bande-annonce du film, et qui représente dans le film le personnage de Witt, interprété avec brio à l'écran par un Jim Caviezel inspiré. Il est d'ailleurs assez regrettable que ce morceau - écrit en réalité par Klaus Badelt - n’ait pas été retenu pour le disque.

« La musique est inhabituelle. On a introduit un certain nombre d'éléments pour accentuer le côté orchestral. Etant dans les îles Sullivan, on a enregistré de la musique polynésienne. Ils ont des choeurs merveilleux, et on s'en est servi parce qu’ils sont d'une grande pureté. » ---Grant Hill, producteur du film.

La partition s’articule autour de plusieurs thèmes, qui ne sont pas forcément facilement repérable dès la première écoute, mais qui contribuent largement à apporter une force générale à la musique du film de Terrence Malick. Dès « The Coral Atoll », la musique nous plonge immédiatement dans l'atmosphère douce et tragique du début du film. Le thème principal dramatique apparaît à plusieurs reprises dans le film, un thème poignant et élégiaque d'une très grande tristesse (dans un style qui rappelle parfois l’Adagio de Samuel Barber), symbolisant la cruauté de la guerre et la souffrance humaine. Mention particulière à ce thème d’une grande beauté que l'on entend surtout lorsque les américains envahissent le village japonais et font un massacre (« Journey to the Line »). La monté dramatique de la musique est absolument exceptionnelle dans cette séquence. Les fans du film « Platoon » retrouveront d’ailleurs plus d'un point commun avec cette scène, probablement l’une des plus dures et des plus bouleversantes du film. Les cris, les tirs stridents des balles, les explosions prennent une ampleur de plus en plus insupportable, dans un déluge de tirs, de chaos, de sang et de massacre, la musique s’amplifie à travers un crescendo de plus en plus intense, répétant inlassablement cette même phrase mélodique de cordes.

Et puis, alors que le massacre atteint ici son paroxysme, la scène se met à changer brusquement de façon inattendue : les bruits s’arrêtent, la fureur sonore de l’affrontement prend fin. Seule la musique continue de vivre par-dessus les images, recouvrant alors les bruitages, la musique atteignant ici un climax d’émotion d’une rare intensité, la musique, lumière du film, lumière de la scène. Cette démarche est on ne peut plus clair ici : la musique exprime l’idée de la souffrance, de la mort : des hommes s'entretuant, se détruisant mutuellement, alors que tous les hommes sont des "frères", plusieurs corps mais une seule âme : l'âme humaine. C'est sur cette réflexion profonde liée à cette terrible scène de massacre que la musique exprime elle-même sa propre vision de la souffrance humaine. Le bouleversant « Journey to the Line » nous rappelle ainsi que, dans une guerre, il n’y a aucun méchant ou aucun héros : les américains sont aussi barbares que les japonais dans le film, jamais personne ne ressort vainqueur d’une guerre, car le meurtre d’un homme est une chose absolument horrible. Impossible de ne pas être touché par cette scène d’une intensité extraordinaire, impossible de ne pas avoir les larmes aux yeux, impossible de ne pas en avoir le coeur brisé. Aujourd’hui, « Journey to the Line » est devenu un grand classique incontournable dans l’univers musical de Hans Zimmer, un morceau qui a connu un très grand succès par la suite à tel point qu’on le retrouva dans plusieurs bandes-annonces (cf. le trailer de « Pearl Harbor » de Michael Bay) et spots en tout genre. Ce morceau semble avoir aussi laissé pas mal de trace dans le monde du cinéma puisque de nombreux compositeurs feront référence à cette musique par la suite dans leurs propres oeuvres (Armand Amar dans « Indigènes », Nick Glennie-Smith dans « We Were Soldiers », Philippe Rombi dans « Joyeux Noël », etc.). C’est d’ailleurs à cela que l’on reconnaît les plus grands chefs-d’oeuvre : la trace qu’il laisse ensuite dans le monde artistique.

« La musique utilise l'idée du destin. On voit (dans une séquence) un rayon de lumière qui traverse les nuages, une sorte de note divine qui est antinomique avec les scènes où des gens s'entretuent. »---Grant Hill, producteur du film.

Hans Zimmer a parfaitement su capter toute l'émotion du film, sa lumière. Sa musique reflète une certaine tristesse profonde, pas seulement parce que la guerre est une chose cruelle et tragique, mais parce que des hommes meurt dans des souffrances atroces - et inutiles. Le thème du capitaine Staros (Elias Koteas) s’avère être quand à lui bien moins fort que celui du thème principal, mais conserve une certaine sérénité dans le film, développant une mélodie assez froide aux cordes, un thème symbolisant le tourment du capitaine qui ne cesse de penser à la femme qu'il a dû quitter pour partir à la guerre - ce thème est en fait un arrangement de 'Christian Race', un hymne du folklore américain, entendu dans « The Coral Atoll » et « Light ». Le compositeur nous offre aussi quelques passages de suspense plus intenses, et notamment dans des morceaux tels que « Beam », musique écrite par John Powell, et dans laquelle des sons extrêmement sombres suggèrent la peur des soldats face à la mort, idée que l’on retrouve dans « Air ». Mais c’est surtout le calme et la mélancolie apaisée que Zimmer privilégie dans sa musique, sans oublier les quelques touches exotiques pour illustrer les décors du film. Le thème de Witt en est le parfait exemple d'ailleurs. Laissons maintenant Hans Zimmer s'exprimer à propos de sa musique :

« Un musicien a un bon sens du rythme, et parfois, certaines répliques, la voix du narrateur, la narration, devraient être une chanson. Terry se considère comme mon parolier. Quand on n’a pas les tirs au mortier et que l'on crée cette atmosphère silencieuse, d'une certaine manière, j'ai tenté de créer un silence, une inertie, quelque chose qu'on peut observer et dans lequel on peut rentrer. » --- Hans Zimmer

« Silence »...justement, une pièce de l'oeuvre de Zimmer porte ce nom. C’est là où la partition de « The Thin Red Line » se différencie radicalement des oeuvres précédentes du compositeur : c'est bel et bien la première fois que Hans Zimmer arrive à créer ce sentiment d’inertie pour un film, de latence, de silence, marque d'une maturité musicale évidente, d'une réflexion profonde sur le rapport image/musique, appuyant le pouvoir évocateur du film de Terrence Malick (le silence exprime ici la beauté de la nature, mais aussi les pensées intimes des hommes, qui n'appartiennent qu'à eux et à eux seuls). Zimmer a parfaitement compris l’essence même de son film. Il l'a compris et a tenu à retranscrire sa propre vision du film dans sa musique. Rarement aura-t-on entendu une musique apporter une ambiance aussi exceptionnelle à un film. Souvent catalogué comme compositeur de musique d'action "bruyante", Hans Zimmer a composé ici une oeuvre à des centaines d'années lumières de ces musiques bruyantes : « The Thin Red Line » est une musique profonde extrêmement poétique, une œuvre contemplative et silencieuse, méditative et bouleversante. Rentrer dans la musique de ce film, c'est faire un voyage méditatif et introspectif dans la pensée, dans l'esprit humain, dans la réflexion des hommes, un voyage émouvant, reposant, bouleversant...un voyage de l'autre côté de la « ligne rouge » !

Pour conclure, on pourra affirmer sans prendre trop de risque que Hans Zimmer a effectué un retour en force extraordinaire sur cette partition. Beaucoup considéraient le compositeur comme un spécialiste des scores musclés mais sans âme, mais ce n'est nullement le cas ! Zimmer a composé une musique calme, intime, lente et poétique (peu de passages enlevés, pas de gros rythmes martiaux tels qu’on les concevait dans les films de guerre des années 50/60, etc.), une musique d'une tristesse profonde, une véritable méditation musicale. Hans Zimmer a su aborder un style totalement nouveau pour le film de Terrence Malick, et l’album s'écoute assez bien (même s’il manque pas mal de musique entendue dans le film). Un chef-d'oeuvre exceptionnel dans le monde de la musique de film, tout simplement !


---Quentin Billard