1-Devil 2.40
2-The City 1.20
3-Rosary 3.18
4-Broken Glass 2.42
5-Jesus In A Pancake 1.39
6-Jellytoast 3.10
7-Firetruck 2.38
8-The Mechanic 5.36
9-Blood On The Ceiling 3.20
10-Hanging 6.00
11-The Person Closest To You 2.33
12-Twist 6.28
13-The Accident 4.11
14-Rescue 4.05
15-Devil (Alternative Mix) 2.38

Musique  composée par:

Fernando Velázquez

Editeur:

Varèse Sarabande VSD-4209

Musique produite par:
Steve McLaughlin
Producteur exécutif:
Robert Townson
Préparation de la musique:
Vic Fraser
Monteurs musique:
Jim Harrison, Tanya Hill
Programmation électronique
produite par:
Ernesto Maestro
Coordinateur de production musicale:
Elisa Kustow

Artwork and pictures (c) 2010 Universal Studios. All rights reserved.

Note: ***
DEVIL
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Fernando Velázquez
« Devil » est le premier opus cinématographique d’une trilogie nommée « The Night Chronicles » écrite par M. Night Shyamalan, dont chaque film sera confié à de jeunes réalisateurs et comédiens. « Devil » a été ainsi confié à la caméra de John Erick Dowdle, remarqué par Shyamalan grâce à son premier film d’épouvante, « The Poughkeepsie Tapes », et son récent « Quarantine » (remake U.S. de « Rec »). Huis-clos claustrophobique et pesant, « Devil » nous plonge dans une histoire étrange, se déroulant entièrement à l’intérieur d’un ascenseur situé dans un immeuble de bureaux en plein coeur de Philadelphie. Cinq individus débutent leur journée et empruntent ainsi l’ascenseur pour se rendre à leur travail. Aucune des cinq personnes ne se connaît et la journée de travail commence banalement, jusqu’à ce que l’ascenseur se bloque mystérieusement, sans raison. Les cinq inconnus comprennent alors très vite que quelqu’un, quelque part, a bloqué intentionnellement l’ascenseur et les a pris au piège. Petit à petit, chacune de leur faute, chacun de leur tort va être révélé au grand jour. L’angoisse cède rapidement à la terreur lorsqu’un des cinq inconnus se retrouve subitement assassiné : désormais, c’est la paranoïa la plus complète, car personne ne sait qui a fait ça et qui sera la prochaine victime, jusqu’au moment où ils comprennent l’horreur de leur situation : l’un d’entre eux se trouve être le diable, qui va mettre les occupants de l’ascenseur face à leurs propres crimes. Si le script s’avérait intéressant à la base, avec un concept de huis-clos aux consonances sataniques/religieuses, la réalisation très plan-plan de John Erick Dowdle n’apporte pas grand chose au récit, et le casting - essentiellement constitué d’acteurs peu connus du grand public - déçoit un peu par son manque d’ambition. Si le film réussit parfaitement à instaurer une atmosphère sombre et paranoïaque durant toute la première partie du film, la fin déçoit par son côté typiquement hollywoodien grotesque et invraisemblable. Quand à l’incarnation du diable à l’écran, on a vu bien plus convaincant et surtout bien moins cliché dans le genre (cf. le coup des yeux noirs, stéréotype usé jusqu’à la moelle dans le cinéma d’épouvante U.S. !). Bref, malgré toutes ses ambitions initiales prometteuses, « Devil » est malheureusement gâché par une mise en scène sans idée et un script brouillon, faisant progressivement sombrer le film aux frontières du navet. Dommage !

Si l’on s’attendait à ce que James Newton Howard se voit confier la musique de « Devil » (rappelons qu’il est le fidèle collaborateur des films de Shyamalan depuis « The Sixth Sense »), le score original du film de John Erick Dowdle a finalement été confié à Fernando Velázquez. Ce dernier est un jeune violoncelliste espagnol d’une trentaine d’années, révélé en 2007 pour sa musique du film « The Orphanage » de Juan Antonio Bayona, grand succès de l’année 2007 en Espagne. Depuis, Velázquez s’est fait remarquer pour diverses partitions sur des films tels que « Shiver », « Garbo The Spy » ou bien encore « Julia’s Eyes ». Pour son passage à Hollywood, le jeune compositeur signe sur « Devil » une partition symphonique emprunte de suspense, de sursauts de terreur et de cordes dissonantes angoissantes. Le compositeur se livre ici à un registre qu’il semble parfaitement maîtriser depuis « The Orphanage » : la musique d’épouvante et de suspense. Suivant les traces d’un Christopher Young ou d’un John Ottman, Fernando Velázquez utilise toutes les recettes habituelles du genre pour une partition orchestrale sombre et atmosphérique, assez intense et immersive dans le film. L’orchestre symphonique habituel est allié ici à un mélange de sonorités électroniques glauques et oppressantes, évoquant clairement l’idée d’une présence surnaturelle et maléfique tout au long du film. Dès les premières minutes du générique de début et ses étonnants plans inversés de la ville (« Devil »), le compositeur met en place une atmosphère sombre et mystérieuse à base de cordes dissonantes, glissandi de cordes, effets de col legno (on frappe les cordes avec le bois de l’archet) et autres techniques instrumentales héritées de la musique avant-gardiste du 20ème siècle. L’écriture orchestrale repose essentiellement sur le pupitre des cuivres et des cordes, avec quelques percussions et un motif de 4 notes rapides répété constamment par un contrebasson, qui apporte un côté à la fois grotesque et étrange au morceau. Ce superbe « Devil » impressionne d’emblée par sa force orchestrale et l’inventivité de son instrumentation (on pense d’emblée à John Ottman). « Rosary » instaure ensuite une tension intense dès le début du film, suggérant clairement une présence maléfique dans l’ascenseur. Velázquez met alors l’accent sur les sonorités graves de l’orchestre, les staccatos de cordes, les glissandi dissonants de cuivres en sourdine, les notes répétitives du piano, les clusters de cordes, etc. Les orchestrations restent toujours assez riches et soignées, jouant sur les différentes couleurs instrumentales avec un certain doigté. Velázquez fait alors la part belle aux dissonances et aux effets orchestraux avant-gardistes, chers à la musique de thriller hollywoodienne.

On retrouve le motif répétitif de piano dans « Broken Glass », dont les cordes dissonantes et chaotiques créent clairement la sensation de terreur et de malaise, tout en suggérant l’idée que quelque chose ne va pas dans l’ascenseur. L’utilisation des dissonances aux cordes et aux cuivres renforce le malaise et instaure un suspense claustrophobique à l’écran, même si l’on regrettera le côté impersonnel de la musique - on croirait entendre du Christopher Young. Idée instrumentale intéressante ici : quelques notes graves de harpe pour accompagner les staccatos de violoncelles et contrebasses. La tension va alors crescendo dans les sinistres « Jellytoast » et « Jesus in a Pancake », où règnent glissandi de cordes ténébreux, piano mystérieux et clusters chaotiques. La terreur est largement véhiculée dans le film par ces impressionnants sursauts orchestraux dignes de Marco Beltrami ou Christopher Youg (« Jellytoast »), ou cette utilisation avant-gardiste des effets instrumentaux (à noter l’omniprésence du contrebasson et du piano dans les orchestrations). Certains tics instrumentaux entendus vers le début du film reviennent dans « Firetruck », comme c’est le cas avec ces effets de staccatos entêtants de cellos/contrebasses, ou ce motif obsédant de piano, suggérant la présence du mal parmi les individus piégés dans l’ascenseur, et le mystère entourant son identité. La musique évolue ainsi de façon similaire tout au long du film, sans aucune surprise particulière : le compositeur va exactement là où on l’attend, sans proposer grand-chose de neuf. On regrettera même le côté souvent très fonctionnel de sa composition, réussie à l’écran mais plus anecdotique à l’écoute, et ce même si tous les codes du genre sont maîtrisés et respectés avec soin et professionnalisme. Les amateurs de suspense et d’épouvante musicale apprécieront ainsi le mystère et la terreur de « The Mechanic », la tension intense de « Blood on the Ceiling » ou la noirceur angoissante et quasi herrmannienne de « Hanging », l’atmosphère de mystère maléfique de « Twist » ou celle de « The Person Closest To You » et son utilisation redoutable des staccatos de cordes et des ponctuations de cuivres et de timbales.

Vous l’aurez donc compris, le compositeur Fernando Velázquez nous livre une solide composition de terreur/suspense pour « Devil », une partition symphonique sombre aux effets orchestraux avant-gardistes et chaotiques, dans la lignée de sa précédente partition pour « The Orphanage ». Certes, le résultat est souvent impersonnel et totalement prévisible et dénuée de la moindre originalité : on pense autant à John Ottman et James Newton Howard qu’à Christopher Young ou Marco Beltrami, et même Bernard Herrmann (flagrant dans « Devil (Alternative Mix) »). Velazquez manipule toutes ces références et ses inspirations avec brio et livre ainsi pour le film de John Erick Dowdle un score immersif et intense, qui apporte une large part de tension et de suspense claustrophobique aux images, sans pour autant surprendre ou créer la moindre surprise. On regrettera aussi le côté souvent fonctionnel de la musique, dont le caractère répétitif et monotone finit par lasser sur la longueur. Néanmoins, force est de constater que Fernando Velázquez possède un véritable savoir-faire qui ne demande qu’à s’épanouir sur des projets plus sérieux et ambitieux, des projets qui lui permettront certainement de concrétiser ses idées avec plus de personnalité et de conviction. Reste que les amateurs de suspense et d’angoisse musicale apprécieront à n’en point douter le travail du musicien espagnol sur « Devil », à découvrir grâce à l’excellente édition limitée publiée par Varèse Sarabande !



---Quentin Billard