1-Kickin' 1.32
2-Chelios 2.34
3-Sweet Cream (Redux) 2.35
4-Organ Donor 2.10
5-Chickenscratch 1.36
6-Tourettes Romance 1.29
7-Doc Miles 1.03
8-El Huron 2.02
9-Tourettes Breakdance 2.23
10-Juice Me 1.12
11-Hallucination 0.54
12-Porn Strike 1.01
13-Surgery 2.48
14-Social Club 1.30
15-Chocolate Theme 1.12
16-Ball Torture 0.51
17-Chevzilla 2.13
18-The Hammer Drops 2.13
19-Triad Limo 3.09
20-Shock & Shootout 2.44
21-Pixelvision 1.43
22-Spring Loaded 2.16
23-Verona 1.18
24-Car Park Throwdown 1.39
25-Noticias 0.15
26-Catalina Island 1.17
27-Supercharged 0.51
28-Massage Parlor 1.18
29-Full Body Tourettes 0.26
30-Epilogue/In My Dreams 4.15
31-Friction 0.56
32-Epiphany 1.19

Musique  composée par:

Mike Patton

Editeur:

Lakeshore Records LKS-34073

Album produit par:
Mike Patton
Montage musique:
H. Anton Riehl

(c) 2009 Lionsgate/Lakeshore Entertainment. All rights reserved.

Note: ***1/2
CRANK : HIGH VOLTAGE
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Mike Patton
Dans la catégorie film d’action trash et déjanté, « Crank : High Voltage » (Hyper Tension 2) repousse toutes les limites du genre et offre une suite totalement déchaînée à un premier film déjà bien allumé, sorti en 2006. Aux commandes de ce second opus, on retrouve à nouveau le duo du premier film, Mark Neveldine et Brian Taylor, un duo de réalisateurs geeks spécialistes du montage épileptique et ultra speedé, des effets visuels survoltés et des mises en scène dignes d’un clip MTV ou d’un jeu vidéo. Toute la culture geek et trash du duo se retrouve à nouveau dans cette suite délirante où le bon goût semble avoir été irrémédiablement congédié. Le film débute tout de suite après la fin du premier film : Chev Chelios (Jason Statham) vient tout juste de chuter d’un hélicoptère et s’écrase sur une voiture, à moitié vivant. Il est alors immédiatement kidnappé par une bande de mafieux chinois qui l’opèrent pour récupérer son coeur. Les chirurgiens le remplacent ensuite par un coeur artificiel alimenté par une batterie électrique externe indiquant le niveau de charge. Mais l’opération est soudainement interrompue alors que Chelios réussit à s’enfuir avec son nouveau coeur artificiel. Bien décidé à retrouver ceux qui lui ont retiré son organe, Chelios va se lancer à la poursuite de Johnny Vang (Art Hsu), l’homme qui détient son véritable coeur. C’est ainsi que débute une course poursuite infernale rendue difficile par le fait que le coeur artificiel de Chelios doit être régulièrement rechargé en électricité, et que sa durée de vie est limitée. Avec un scénario pareil, on sait déjà à quoi s’attendre : Mark Neveldine et Brian Taylor mélangent action et comédie trash avec son lot de violence gore, de scènes sexy et de séquences vulgaires qui repoussent toutes les limites. Si le premier film était une série-B d’action délirante et survoltée au script potentiellement crédible, ce « Crank » deuxième du nom tombe radicalement dans la surenchère pure et dure et perd tout son sérieux en mélangeant tout et n’importe quoi. Le film est tellement déjanté qu’il frôle à plusieurs reprises le registre de la comédie, comme le confirme le bêtisier du générique de fin, qui rappelle à quel point l’équipe du film semble s’être bien amusée sur le tournage. Au programme des réjouissances : Jason Statham qui enfonce un fusil englué de goudron dans l’anus d’un gangster, un sidekick transexuel et revanchard atteint d’une forme de tourette musculaire, une séquence de combat délirante dans une centrale électrique qui pastiche Godzilla, une séquence pornographique en plein coeur d’un hippodrome, des électrocutions toujours plus extrêmes, un générique de début qui parodie les jeux vidéo 8-bits de la Nintendo, et une scène ahurissante durant laquelle Jason Statham se frotte contre une vieille dame (véridique !). Et ce ne sont que des exemples de ce que vous verrez dans « Crank : High Voltage » ! Le film semble avoir été filmé sous l’influence de la drogue, avec son scénario totalement brouillon, ses effets épileptiques, ses accélérations nerveuses et ses flashs abrutissants, sans oublier un casting éclectique réunissant quelques seconds rôles de qualité - Amy Smart, Bai Ling, Dwight Yoakam, Clifton Colins Jr, Efren Ramirez et un David Carradine totalement méconnaissable, grimé en vieux parrain de la mafia chinoise – Evidemment, « Crank : High Voltage » ne peut pas être pris au sérieux et fait office de défouloir régressif totalement assumé, encore plus idiot, encore plus trash et déjanté que le premier opus sorti en 2006. Le film a même eu droit à sa critique sur le site de Nanarland, et reste régulièrement considéré comme un nanar stupide et décérébré pour amateurs de spectacles abrutissants : avis aux amateurs !

Après un premier score signé Paul Haslinger, le duo Neveldine/Taylor décida de confier la musique de « Crank 2 » à Mike Patton, musicien hétéroclite de rock, plus connu pour ses collaborations aux groupes Faith No More, Fantômas, Mr. Bungle et Tomahawk, qui possède son propre label, Ipecac, et édite régulièrement ses propres musiques ainsi que celles de ses collaborateurs. Véritable touche-à-tout, Mike Patton est à la fois chanteur, compositeur, acteur (il a été révélé au cinéma dans « Firecracker » de Steve Balderson en 2005) et reste encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus talentueux musicien de rock actuel, et aussi l’un des plus inventifs, n’hésitant pas à verser dans l’expérimental pur lorsqu’il joue de façon insolite avec sa voix (grunt, nasal, imitation du rap, etc.). Anecdote amusante : Mike Patton montra très tôt un certain attachement à la musique du cinéma puisqu’il chanta des reprises de musiques de films populaires dans l’album « The Director’s Cut » (2001) du groupe Fantômas et utilisa même des musiques de dessins animés dans l’album « Suspended Animation » (2005), qu’il mélangea à du free-jazz, de la musique électro, du trash metal et même des comptines enfantines ! Mike Patton, un musicien atypique ? Assurément, et c’est probablement ce que les réalisateurs Mark Neveldine et Brian Taylor recherchaient dès le départ pour la musique de leur non moins atypique « Crank : High Voltage ». Aux délires hystériques et survoltés du film, Mike Patton répond finalement par une musique délibérément exagérée, poussive, délirante, rythmée et trash, ne perdant jamais de vue l’idée de ne pas trop se prendre au sérieux tout en conservant une personnalité unique et une propension à l’expérimentation la plus loufoque qui soit. A des années lumières du style hollywoodien habituel, Mike Patton s’échappe des conventions habituelles du genre et propose ses propres idées dès une ouverture résolument électrifiante et délirante. « Kickin’ » accompagne ainsi le générique de début du film, animé à la manière d’un jeu vidéo 8-bits de la NES ou de la Master System de Sega (en référence à la culture geek des deux réalisateurs) et dévoile l’entêtant thème principal de six notes constamment associé tout au long du film à Chev Chelios (Jason Statham), motif simple et non dénué d’ironie que Patton développera à loisir tout au long du film en empruntant différents styles musicaux. L’astuce du compositeur consistera d’ailleurs à modeler et remodeler sans cesse cette mélodie volontairement simpliste pour la camoufler tout au long du score, parfois de façon évidente, et parfois de façon plus subtile. L’humour n’est pas en reste, puisque Chelios lui-même siffle cette mélodie dans le film durant la fameuse séquence où il s’apprête à tourmenter un malheureux gangster à coup de fusil dans les parties intimes. Autre élément majeur : « Kickin’ » dévoile aussi deux aspects fondamentaux de la partition de « Crank : High Voltage » : les rythmes trash/metal/rock survoltés et rapides sur fond de samples électros étranges, et les expérimentations vocales incongrues de Mike Patton lui-même, qui n’hésite pas à déformer sa voix à grand renfort de cris et de saturation : cette ouverture, volontairement trash et exagérée, renvoie clairement au sous-titre même du film : « High Voltage » (Hyper Tension).

Le thème de Chev Chelios est repris dans son intégralité avec l’excellent et incontournable « Chelios », dominé par une instrumentation particulière, alternant entre clavier cristallin, batterie et guitare électrique. Dès lors, le ton est donné : Mike Patton s’évertuera tout au long du film à dynamiter les conventions hollywoodiennes des musiques de film d’action habituels sans pour autant perdre de vue le support filmique et le rapport image/musique, car, tout bon expérimentateur qu’il est, Mike Patton reste avant tout un (jeune) compositeur de musique de film et ne perd jamais de vue le fil narratif du film et des images. Chaque séquence est pour lui l’occasion de varier les styles et les sonorités, comme le rappelle l’étrange « Organ Donor » durant la scène introductive de l’opération chirurgicale, ou le bizarroïde « Chickenscratch » et ses délires sonores autour d’effets de scratch nerveux et hystériques de la guitare électrique – simulant l’accélération soudaine de Chelios lorsque ce dernier s’est infligé une bonne décharge électrique pour recharger son cœur artificiel – On notera même ici la rapidité extrême du tempo, avec une batterie totalement déchaînée, à la limite du faisable ! L’électro n’est pas en reste avec « Doc Miles » et ses rythmes entêtants et bizarres. Patton évoque aussi le bad guy du film dans « El Huron », en mélangeant différentes sonorités de façon résolument insolite, que ce soit dans l’utilisation stressante et disproportionnée d’une crécelle extrêmement bruyante, de percussions étranges (rythmes nerveux d’un guiro), de frottements aléatoires d’un archet sur les cordes d’un violon, et même d’un bref passage dansant ressemblant à une polka avec accordéon. Ici aussi, Mike Patton ne se prend pas vraiment au sérieux et évoque le personnage de El Huron avec une inventivité extrême et un goût pour les délires musicaux bien rares dans un film d’action hollywoodien de ce genre ! Le thème de Chelios est repris à la sauce électro dans « Tourettes Breakdance » et ses samples 8-bits sur fond de loops électro saturés aux accents de breakdance, associés dans le film à Venus, l’allié de Chelios qui cherche à venger la mort de son frère tué dans le premier épisode. A l’écoute des délires sonores de « Tourettes Breakdance », qui renvoient clairement aux délires de Venus lorsque ce dernier se retrouve pris d’une soudaine frénésie de tourette musculaire, on se demande même parfois comment des spécialistes des musiques électroniques à Hollywood ne parviennent jamais à proposer quelque chose d’aussi inventif et rafraîchissant !

Mike Patton mélange les styles et passe d’une ambiance à une autre en conservant la mélodie de Chelios, comme sa reprise à la flûte orientale dans « Hallucination » ou aux claviers dans « Surgery », sans oublier le riff de guitare funky 70’s sexy et ‘vintage’ dans « Chocolate Theme », les accents asiatiques de « Triad Limo » ou les rythmes simulés à la bouche dans « Ball Torture », sur fond de flûte japonaise (associée dans le film à Johnny Vang). Mais c’est le rock qui reste l’axe majeur de la partition de « Crank : High Voltage » comme le rappelle l’excellent « Social Club » durant la séquence de la fusillade dans le club vers le premier quart d’heure du film, reprenant le thème de Chelios aux claviers sur fond de guitares saturées et de vocalises étranges assurées par Mr. Patton himself, un style que l’on retrouve aussi dans « The Hammer Drops », « Shock & Shootout », « Car Park Throwdown » ou « Supercharged » ! Patton va même jusqu’à caricaturer les musiques de films de monstre des années 50 dans l’électronique « Chevzilla », durant la séquence de combat parodiant Godzilla. Et si cela ne vous suffit pas, vous apprécierez certainement les bip-bip de type jeu vidéo 8 bits de « Pixelvision » sur fond de guimbarde, l’harmonica de « Verona », la lounge music rétro de « Noticias » ou les vocalises aigues et étranges du planant « Epiphany » pour le final du film. Mike Patton assume donc de bout en bout son penchant naturel pour l’expérimentation et les délires musicaux, mélangeant les styles, les sonorités et les ambiances avec une liberté créative rarissime pour un film d’action hollywoodien. Si la partition de « Crank 2 » reste effectivement très excentrique et parfois même décousue, son côté ‘joyeux bazar organisé’ fait plaisir à entendre, et ce même si l’on regrettera parfois le fait que la musique parte très souvent dans tous les sens. Mais à l’écran, le résultat est impeccable et la musique apporte ce surplus de folie qui manquait au film pour rythmer la folle journée de Chev Chelios en quête de son vrai coeur. La partition de « Crank : High Voltage » fait désormais partie de ces OVNI musicaux d’une rareté extrême dans le paysage musical souvent très formaté du cinéma hollywoodien, un score délirant et hystérique, en roue libre total, à savourer sans modération !



---Quentin Billard