1-Our House 2.58*
2-Bridge to Nowhere 3.16**
3-Run 5.58***
4-Pure Morning 3.48+
5-Oblivion 4.24++

Score original de James Horner:

6-Spreading Happiness
All Around 2.03
7-Kidnapping the Wrong Charlie 2.07
8-Dolphins 2.44
9-Pot Casserole 2.25
10-Digging Montage 7.07
11-Parental Rift/
The Chumscrubber 3.19
12-"Not Fun Anymore..." 3.28
13-A Confluence of Families 8.16
14-The End 3.23

*Interprété par Phantom Planet
Ecrit par Graham Nash
**Interprété par The Like
Ecrit par Elizabeth Berg
***Interprété par Snow Patrol
Ecrit par Iain Archer,
Nathan Connelly, Gary Lightbody,
Mark McClelland, Jonathan Quinn
+Interprété par Placebo
Ecrit par Steven Hewitt,
Brian Molko et Bo Olsdal
++Interprété par Annetenna
Ecrit par Anne Preven
et Scott Cutler
Produit par Scott Cutler,
Anne Preven et Ken Andrews.

Musique  composée par:

James Horner

Editeur:

Lakeshore Records LKS-33835

Score produit par:
Simon Rhodes, James Horner
Montage musique:
Dick Bernstein
Programmation synthétiseur:
Ian Underwood, Randy Kerber
Supervision scoring:
Sylvia Wells
Album monté et masterisé par:
Simon Rhodes
Producteurs exécutifs de la musique
pour Lakeshore Records:
Skip Williamson, Brian McNelis
Producteur exécutif:
Richard Glasser
Producteurs de l'album:
Chris Douridas, Simon Rhodes,
James Horner

Co-producteurs exécutifs:
Bonnie Curtis, Lawrence Bender,
Arie Posin, Lee Clay

Supervision musique:
Chris Douridas
A&R pour Lakeshore:
Eric Craig

Artwork and pictures (c) 2005 DreamWorks LLC and Newmarket Films, LLC. All rights reserved.

Note: ***
THE CHUMSCRUBBER
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by James Horner
Comédie dramatique à l’humour noir étrange, « The Chumscrubber » (Génération RX) est un film un peu particulier qui évoque les problèmes relationnels et le manque de communication entre certains adolescents et leurs parents. Réalisé par l’israélien Arie Posin, qui signe là son premier long-métrage pour le cinéma, « The Chumscrubber » possède aussi bien les avantages que les inconvénients des premières oeuvres de jeunesse : le film possède une certaine ambition mais reste très inégal. Le scénario de Zac Stanford dévoile les dessous de la vie banlieusarde américaine et d’une jeunesse en manque de repère – les parents sont incapables de communiquer avec leurs enfants, qui eux, se réfugient dans des univers imaginaires - le titre, « The Chumscrubber », fait référence à un personnage de jeu vidéo décapité que l’on aperçoit à plusieurs reprises tout au long du film, héros qui combat ses ennemis en tenant sa tête à bout de bras au cours de scènes vidéoludesques un brin psychédéliques, plutôt gores et décalées (on peut y voir par la même occasion une satire féroce des dérives liées à la violence dans les jeux vidéos). L’histoire est centrée autour du jeune Dean Stiffle (Jamie Bell), qui découvre un jour le corps de son meilleur ami, Troy, pendu dans sa chambre. Bouleversé, Dean choisit de ne le dire à aucun des parents, persuadé que ses proches et ses voisins préfèrent leur vie tranquille de tous les jours dans leur banlieue chic où rien ne se passe. Hélas, la disparition de Troy ne tarde pas à être rapidement remarquée, étant donné que le jeune ado fournissait régulièrement de la drogue dans le lycée de Dean. C’est alors que le jeune ado se retrouve harcelé par la bande à Billy (Justin Chatwin), un lycéen qui s’est mis en tête de récupérer le reste de la drogue cachée chez Troy. Mais Dean refuse de coopérer, provoquant la colère de Billy et ses compagnons, qui projettent alors de kidnapper son frère pour forcer Dean à récupérer la drogue chez Troy. Le film alimente ainsi un discours engagé sur les dangers de la drogue et les limites de la société américaine dans une banlieue chic où tout n’est qu’apparence et faux semblants – une impression de déjà-vu direz-vous ? Certes, car on pense bien évidemment au « American Beauty » de Sam Mendes. Mais Arie Posin n’est pas Mendes, et son premier film n’atteint jamais le génie de « American Beauty ». Pourtant, entre son côté comédie/humour noir et ses moments plus dramatiques, « The Chumscrubber » avait un réel potentiel, mais le réalisateur semble incapable de développer correctement un aspect ou un autre de son script, à tel point que l’on finit par s’ennuyer devant un film qui ne tient jamais ses promesses. A noter pourtant un casting de qualité, réunissant de jeunes stars prometteuses et des acteurs confirmés. A l’affiche, on retrouve ainsi Jamie Bell, Camilla Belle ou Justin Chatwin pour les adolescents. Côté parents, ce sont des vétérans comme Glenn Close, Ralph Fiennes, Jason Isaacs, William Fichtner, Carrie-Anne Moss ou Rita Wilson qui sont de la partie.

« The Chumscrubber » est un film un peu particulier pour James Horner, désireux de varier ses projets tout en abordant régulièrement le registre souvent très prisé de la comédie dramatique – on pense par exemple à « The Life Before Her Eyes », « House of Sand and Fog » ou bien encore « The Boy in the Striped Pyjamas ». Le film d’Arie Posin permet ainsi à Horner d’expérimenter autour d’un matériau instrumental plutôt restreint, à l’opposé de ses musiques orchestrales hollywoodiennes plus imposantes. Pour parvenir à ses fins, James Horner utilise ainsi le synthétiseur avec la complicité de ses éternels collaborateurs, Ian Underwood et Randy Kerber, auquel viennent s’ajouter un piano (interprété par Horner lui-même), un saxophone et une guitare interprétée par George Doering - qui travaille aussi fréquemment pour Thomas Newman – sans oublier la traditionnelle partie orchestrale, qui reste résolument minimaliste et retenue. La musique d’Horner souligne aussi bien le caractère satirique du film que son humour noir étrange et ses moments plus dramatiques et humains. A la première écoute, difficile de remarquer le style habituel d’Horner, tant le score de « The Chumscrubber » s’éloigne radicalement de tout ce que le compositeur a fait par le passé pour se diriger vers un style plus atypique et aussi particulier que le film lui-même. Horner utilise ici un ensemble instrumental incluant cordes, bois – dont saxophone – piano (interprété par Horner lui-même), célesta, guitares (interprété par George Doering, guitariste fidèle au compositeur et aussi à Thomas Newman) et synthétiseurs, dont la programmation a été assurés par deux complices de longue date du compositeur, les indispensables Ian Underwood et Randy Kerber. C’est donc l’occasion pour James Horner de revenir dans « The Chumscrubber » à son exploration du synthétiseur, dans un style électronique finalement peu abordé dans sa filmographie hormis quelques partitions telles que « Le nom de la rose », « Field of Dreams », « Class Action », « Thunderheart », « Unlawful Entry », « House of Cards » ou « The Forgotten ». Dès les premiers instants du film (et du score), Horner parvient à créer une ambiance étrange et décalée dans « Spreading Happiness All Around », en choisissant judicieusement ses sonorités : le morceau prend l’apparence d’une valse pour saxophone et clarinette sur fond de pizzicati de cordes – un élément récurrent du score – d’arpèges descendants du célesta et de synthétiseurs aux sonorités cristallines proches d’un glass harmonica, autre élément récurrent du score. Cette sonorité cristalline traverse l’ensemble de la partition de « The Chumscrubber » et apporte au film une atmosphère très particulière et étrange. L’ouverture du score conserve même une certaine tension sous-jacente et ambiguë, entre les accentuations synthétiques graves et pesantes synonymes de malaise, et l’apparente légèreté de la valse pour saxophone et pizz. Ces derniers reviennent d’ailleurs dans « Kidnapping the Wrong Charlie », pour lequel le saxophone fait son retour de façon plus hésitante, le tout avec un soupçon d’humour noir (on pense parfois ici au style du méconnu « I Love You to Death » de James Horner) lorsque Billy et ses amis découvrent qu’ils n’ont pas kidnappé le bon Charlie. L’humour noir est un élément-clé du score de « The Chumscrubber », toujours suggéré de façon décalée mais jamais grotesque, avec une ambiguïté qui traduit aussi bien la jeunesse américaine en perte de repères que le malaise intérieur de ces adolescents livrés à eux-mêmes face à la drogue.

Les sonorités cristallines synthétiques reviennent dans « Dolphins », alors que l’un des personnages du film interprété par Ralph Fiennes, se prend d’une fascination soudaine pour un symbole représentant des dauphins. Ici aussi, Horner crée une atmosphère étrange et impalpable à l’aide de nappes cristallines planantes et de notes ondulantes et mystérieuses du piano. Dans « Pot Casserole », l’humour noir est à nouveau de mise avec son alternance entre pizzicati, piano, synthétiseur, célesta et saxophone/clarinette, qui reprennent le thème de la valse principale, dont le côté faussement populaire traduit un étrange sentiment d’espièglerie pernicieuse et faussement innocente. « Digging Montage » renforce quand à lui le caractère atypique et particulier du score en accentuant l’utilisation des synthétiseurs new-age durant 7 minutes assez interminables, sombres, mélancoliques et immersives. C’est d’ailleurs cette mélancolie paisible et profonde qui fait de « Digging Montage » un morceau absolument typique du style lyrique/émotionnel habituel de James Horner, notamment à travers l’utilisation caractéristique du piano soliste, dont les notes délicates et nostalgiques traduisent ici les déchirements et l’amertume des principaux protagonistes du film. Plus atypique encore, « Parental Rift/The Chumscrubber » semble avoir été carrément écrit sous l’influence de la drogue, tant le morceau semble totalement barré et chaotique, avec ses rythmes électro-techno bizarres et ses effets étranges et chaotiques de guitare électrique, afin d’illustrer une séquence hallucinée de jeu vidéo avec le personnage symbolique du Chumscrubber. Très vite, les délires soudains de « The Chumscrubber » cèdent la place à une série de nappes synthétiques planantes plus typiques d’Horner, qui viennent tempérer la nervosité soudaine et caricaturale de la séquence du jeu vidéo. Dans « Not Fun Anymore », les synthétiseurs conservent ce caractère intime à base de nappes lentes et de notes vaporeuses de piano, tandis que l’interminable « A Confluence of Families » conclut le récit dans le film en reprenant certains éléments-clé du score d’Horner : la valse de saxophone/clarinette à la Nino Rota, les pizzicati ironiques, les longues nappes synthétiques mélancoliques et planantes, les arpèges descendants de célesta et même les ponctuations de piano/pizzicati sarcastiques de « Kidnapping the Wrong Charlie » associés à Billy dans le film. Vous l’aurez donc compris, avec « The Chumscrubber », nous avons bel et bien à faire à un James Horner plutôt atypique et singulier, à des années lumières du style de ses partitions hollywoodiennes habituelles. L’étrangeté même du film d’Arie Posin a donc permis à James Horner de nous offrir une musique étrange et décalée, pleine d’humour noir et de délicatesse, un score minimaliste et parfois même un brin poétique, utilisant un ensemble instrumental très restreint (peut être trop ?) et un ensemble de synthétiseurs qui créent une couleur particulière dans la musique et à l’écran. L’approche minimaliste voulue par Horner sur « The Chumscrubber » et son côté anti-conventionnel risque fort d’en étonner plus d’un, au risque de choquer ses fans les plus endurcis qui s’attendaient certainement à retrouver le grand Horner des musiques de drame intimiste ou de comédie dramatique. Il n’en est rien, et c’est un virage à 180 degrés que nous offre ici le compositeur par rapport à tout ce qu’il a pu faire auparavant sur « The Chumscrubber ». Soyez simplement averti que cette musique si curieuse et étrange risque fort de vous surprendre ou même de vous décevoir, car si l’effort du compositeur est louable – d’autant que la musique colle magnifiquement à l’atmosphère si singulière du film – cela reste un score totalement mineur et plutôt anecdotique dans la filmographie de James Horner.




---Quentin Billard