1-Crimewave 2.51
2-Teenage Mutant
Ninja Turtles 2.40
3-Crime Fighters 2.26
4-Possess The Right Thinking 2.13
5-Subway Attack 2.05
6-Splinter's Tale I 2.34
7-Hidden Treasures 1.35
8-Shredder's Big Entrance 3.17
9-Raphael In Trouble 2.29
10-Huge Fight 2.47
11-Tatsu Attack 2.03
12-Trouble 2.12
13-Their Greatest Fear 2.36
14-Message From Splinter 2.50
15-Time To Go Back 3.00
16-Splinter's Tale 4.33
17-Battles With The Foot 2.31
18-Sewer Surfin' 0.49
19-Street Fight 2.06
20-Shredder's Last Stand 3.27
21-The Fall of Shredder 2.17
22-TMNT (Alt Mix) 2.40
23-Splinter's Tale I
(Alt Mix) 1.58
24-Splinter's Tale II
(Alt Mix) 3.19

Musique  composée par:

John Du Prez

Editeur:

Waxwork Records WW-048

Coordination/production musique:
John Andrucci
Superviseurs musique:
Stu Cantor, Murray Deutch
Coordination musique:
Pat Lucas
Mixage musique:
Larry Mah
Enregistrement musique:
Katherine Quittner
Montage musique:
Katherine Quittner
Orchestrations:
Shirley Walker

© 2018 Paramount Pictures. All rights reserved.

Note: ****
TEENAGE MUTANT
NINJA TURTLES
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by John Du Prez
Le phénomène des Tortues Ninja est un pur produit des années 80. Il faut se souvenir qu’à la base, la hype pour ces quatre célèbres tortues spécialistes des arts martiaux débuta avec le fameux comic book publié dès 1984 par Mirage Studios et conçu par Kevin Eastman et Peter Laird. Il s’agissait d’un comic somme toute assez sombre et violent qui pastichait les films d’arts martiaux tout en s’inspirant de l’esthétique d’artistes comme Frank Miller ou Jack Kirby. En quelques années, le succès des comic books fut quasi immédiat. A la fin des années 80, les Tortues Ninja étaient devenues de véritables icônes de la pop culture eighties. Niveau merchandising, le comic s’est décliné sous de multiples formes : des jouets, des jeux vidéo (notamment sur Arcade, micro ordinateurs et consoles), une série animée TV en 1987 et bien évidemment un film, réalisé par l’anglais Steve Barron et sorti en salles en 1990. A l’origine, Barron est un réalisateur de clips musicaux qui travailla notamment pour Michael Jackson, Dire Straits ou A-Ha, avant de tourner son premier long-métrage « Electric Dreams » en 1984. Ce film l’amènera ensuite quelques années après sur « Teenage Mutant Ninja Turtles », co-produit notamment par la Golden Harvest, le célèbre studio Hong-kongais à l’origine d’un nombre impressionnant de grands succès avec entre autre Jackie Chan, Bruce Lee et Sammo Hung.

Le film reprend l’univers des comic books : alors qu’une vague de crimes s’abat sur la ville de New York, la journaliste April O’Neil (Judith Hoag) enquête sur le mystérieux Clan des Foots qui sévit en ville. Mais Shredder (James Saito), le leader de l’organisation, ordonne qu’April soit supprimée afin de la faire taire. Une nuit alors qu’elle est soudainement attaquée par des Foots, April est sauvée de justesse par Raphael, l’une des quatre Tortues Ninja qui émerge de l’ombre et défait rapidement ses adversaires en ramenant April inconsciente dans leur repaire souterrain au fond des égouts. A son réveil, April découvre Splinter le rat, leader des Tortues Ninja. Ce dernier lui explique alors toute l’histoire : comment des petites tortues ont muté brusquement en nageant dans une marre de produit toxique mutagène et sont devenues des tortues adolescentes, comment Splinter a appris les arts martiaux en compagnie de son vieux maître au Japon (en imitant ses mouvements, oui oui, je rigole pas, c’est ce qui est dit dans le film!) et a ensuite transmis ses connaissances à ses quatre fils adoptifs : Raphael, Leonardo, Michelangelo et Donatello. Peu de temps après, les tortues découvrent que leur Q.G. a été saccagé et que Splinter a été kidnappé. Un peu plus tard, les quatre tortues font la connaissance de Casey Jones (Elias Koteas), un mystérieux vigilante masqué qui combat les criminels en ville. Réalisant que le maléfique Shredder menace la ville toute entière et recrute des adolescents et des jeunes délinquants en ville pour constituer son armée du Clan des Foots, les tortues et Casey Jones unissent leurs forces pour combattre la menace qui pèse sur tout New York et mettre fin au règne de criminalité de Shredder et ses troupes.

UN PUR PRODUIT DES ANNÉES 80

Prétendre que « Teenage Mutant Ninja Turtles » est un film typique des années 80 est un pur euphémisme. Rappelons pour commencer que la production a connue quelques déboires, notamment en raison du refus systématique de la plupart des gros studios de l’époque de produire le film, apparemment convaincu qu’il n’avait aucune chance de marcher – Disney, Columbia, MGM, Orion, Paramount, etc. - Ce n’est que très tardivement que le film trouvera un distributeur par le biais d’une petite compagnie indépendante, New Line Cinema qui était alors connue à cette époque pour ses séries-B et ses petites productions à bas budget. Par la suite, les choses ne se sont guère arrangées. On raconte que la Golden Harvest, qui co-produisait le film, n’aurait pas apprécié le travail de montage de Sally Menke et que la post-production aurait été achevée sans le réalisateur Steve Barron. Malgré ça, le film fut achevé avec un budget très modeste (13,5 millions de dollars, une somme dérisoire même à l’époque) et connaîtra fort heureusement un vif succès à sa sortie en 1990, rapportant plus de 200 millions de dollars de recette. Encore une fois, la hype pour les Tortues Ninja était encore présente dans la tête du public et le film a su habilement jouer sur l’effet de mode en proposant au public ce qu’il voulait voir avant tout : du spectacle pur et dur ! Production indépendante oblige, le film est quand même assez étonnant, surtout pour un métrage qui semble s’adresser avant tout à des fans de comic books et des jeunes adolescents.

On y devine une certaine liberté de ton propre aux années 80, y compris dans les dialogues et certaines insultes et vulgarité rares dans un film de ce genre à l’époque - à ce sujet, on recommandera pour une fois la V.F. d’époque sur la VHS et la réplique cinglante de Casey Jones lors de son premier affrontement contre Raphael et son fameux « Allez salut pédé, j’ai du boulot ! ». Ajoutons à cela le concours d’insultes entre Donatello et Casey : « âne atomique, beau dégueulis, carcasse de chameau, dôme crânien, étoile de merde, foutre de case, gueule de beurk, haleine de vache... » Impossible d’imaginer aujourd’hui une réplique pareille dans un film pour ados! - Il y a fort à parier que dans un film produit par un gros studio, ça ne serait pas passé. Ajoutons à cela quelques scènes étonnamment sombre et violente, comme la mort de Shredder, broyé dans un compacteur d’ordures, et on obtient un cocktail assez étrange d’action, d’humour d’ados, de répliques vulgaires et d’aventure. Le film est aussi connu pour les costumes des quatre Tortues Ninja et l’animation de Splinter, qui sont l’oeuvre du vétéran Jim Henson (« Dark Crystal ») qui signera là sa dernière œuvre pour le cinéma – la plus complexe qu’il ait eu à faire sur un film selon ses propres dires - l’artiste décédant peu de temps avant la première du film en 90.

Au final, on retrouve dans « Teenage Mutant Ninja Turtles » tout ce qui fit le succès du comic book : une ambiance urbaine sombre (une bonne partie du film se déroule la nuit, un peu comme dans le « Batman » de Tim Burton sorti l’année d’avant au cinéma), des combats, des arts martiaux, un Shredder maléfique, des ninjas du Clan des Foots qui s’en prennent plein la tronche, des gags, des Pizzas – la spécialité de nos quatre chères tortues ! - et tous les personnages bien connus comme April O’Neil ou Casey Jones. Seule ombre au tableau : le scénario, qui sous prétexte de se présenter comme une « origin story » expliquant les débuts des Tortues Ninja, passe sous silence pas mal de détails comme par exemple pourquoi Shredder demande aux ados de voler des télévisions en ville, comment Splinter a-t-il pu apprendre les arts martiaux en compagnie de son maître japonais alors qu’il n’était qu’un rat ? Pourquoi et comment Casey Jones en est-il venu à combattre le crime dans les rues de sa ville avec son masque de hockey ?

Autant de questions qui restent sans réponse dans le film, Steve Barron préférant céder la place à l’action, les nombreuses bagarres et l’humour tonitruant de son film qui se veut avant tout « cool » et « branché », résolument tourné vers un public de jeunes adolescents. Évidemment, le film a énormément vieilli et accuse le poids de l’âge, surtout à cause de ses moyens modestes et de ses costumes kitsch et complètement dépassés aujourd’hui – quoique le costume de Shredder est une pure réussite, comme le personnage lui-même, qu’on aurait simplement aimé voir davantage dans le film – mais il faut le regarder avec l’oeil de la nostalgie pour une époque du cinéma artisanal aujourd’hui révolue. « Teenage Mutant Ninja Turtles » a été fait avec un plaisir évident et les fans ne s’y sont pas trompés. Le film sera suivi de deux autres films à la qualité plus variable. Cowabunga !

UNE PARTITION ELECTRO-ORCHESTRALE EIGHTIES

La musique de « Teenage Mutant Ninja Turtles » a été confiée à John Du Prez, compositeur britannique ex-membre du groupe Modern Romance fondé en 1980 et auteur de quelques musiques de film mémorables telles que « Monty Python’s The Meaning of Life » (1983), « Oxford Blues » (1984), « A Private Function » (1984), « Once Bitten » (1985) et le classique « A Fish Called Wanda » (1988), probablement son travail le plus connu dans toute sa filmographie. Pour Du Prez, « Teenage Mutant Ninja Turtles » a représente une opportunité unique d’écrire une musique oscillant entre la comédie, les sons pop/électro/rock des années 80, l’aventure et l’action, avec une bonne dose de fun et d’humour. Le score de John Du Prez est écrit pour un ensemble orchestral incluant une partie électronique très présente et quelques éléments rock (guitare électrique, basse, batterie).

La partition de « Teenage Mutant Ninja Turtles » repose également sur une poignée de thèmes de qualité qui suivent les principales idées et personnages du film. Dès les premières minutes de l’histoire, « Crimewave » évoque les méfaits du Clan des Foots avec un motif de 4 notes omniprésent pendant une bonne partie du film. Ce motif menaçant évoque les ados de l’organisation de Shredder et la vague de crimes qui se répand sur New York. Souvent confié aux cordes, le thème est régulièrement accompagné de parties synthétiques et de batterie avec une guitare électrique rock. L’autre thème clé est évidemment celui des Tortues Ninja (dès 1:03), dévoilé dès l’apparition du titre à l’écran dans « Teenage Mutant Ninja Turtles » au début du film.

ANALYSE DE LA MUSIQUE

Ce thème mémorable évoque instantanément les années 80 de par l’utilisation de ses synthés analogiques datés et ses boîtes à rythme sur fond de riff de basse funky. Hormis le fameux thème musical de la série animée TV de 87, il s’agit probablement de l’un des plus célèbres thèmes musicaux associés à l’univers des Tortues Ninja dans les années 80/90 : il résume parfaitement à lui tout seul toute l’œuvre imaginée à l’origine par Kevin Eastman et Peter Laird. John Du Prez veut donner un caractère fun, cool et branché aux Tortues (qui sont, rappelons-le, des adolescents dans le film) à travers ce thème aux consonances 80’s fort sympathiques.

« Crime Fighters » débute au son d’un motif de 3 notes répétées qui intervient à quelques reprises dans le film pour évoquer le mystère des tortues ninja : par exemple pour le plan où April découvre le saï de Raphael au sol après son agression dans la rue. Dès 0:12, Du Prez introduit la thématique liée à Splinter : il s’agit d’un thème plus méditatif à l’aide d’une flûte ethnique et de nappes sonores planantes, évoquant la culture zen et les origines japonaises de Splinter. Le thème du Clan des Foot et le motif de 3 notes reviennent ensuite, à grand renfort de guitare électrique, lorsque Raphael affronte Casey Jones dans le parc la nuit. Du Prez accentue ici l’aspect comédie de la scène à l’aide de pizz synthétiques bondissants et humoristiques, allant même jusqu’à pasticher un air musical célèbre indissociable du hockey américain. La musique bascule clairement ici dans la comédie pure.

« Possess The Right Thinking » reprend le thème de Splinter pour évoquer ses messages de sagesse et sa philosophie inspirée du bouddhisme. Son thème paraît plus méditatif, contemplatif et quasiment mélancolique, invitant à l’intériorisation, au retour à soi, notamment par le biais de synthés planant tendance new-age : une bien belle réussite ! A 1:26, on découvre enfin un autre thème-clé du score, le motif de 3 notes, menaçant et lugubre, de Shredder. L’attaque dans le métro (« Subway Attack ») permet ensuite à John Du Prez de développer le thème du Clan des Foots à l’aide d’une batterie rock, des cordes et de la guitare électrique. Le compositeur reprend même les pizz sautillants tendance mickey-mousing/comédie de « Crimefighters ». Ici aussi, l’idée est de ne pas trop se prendre au sérieux et de se souvenir que le film est destiné avant tout à un jeune public. On découvre les origines de Splinter et des Tortues dans « Splinter’s Tale », qui juxtapose la thématique zen/asiatique de Splinter et celle, plus groovy et funky 80’s des tortues ninja. A noter par ailleurs que l’album nous propose deux versions : celle avec la voix de Splinter (piste 6) et sans la voix (piste 23) fort heureusement. C’est l’occasion pour le compositeur de développer un peu plus le thème des tortues ninja qui, curieusement, sera assez peu présent par la suite dans le film.

« Hidden Treasures » reprend le motif mystérieux de 3 notes et s’oriente vers un style rock plus frénétique à grand coup de guitare électrique. Ne ratez pas ici le thème de Shredder repris de manière totalement badass à la guitare vers 0:54, suivi ensuite du thème des Foots. Cela nous amène ensuite à « Shredder’s Big Entrance », la séquence où Shredder fait son apparition et réunit ses troupes. Du Prez développe ici plus intensément le thème de Shredder à grand renfort de percussions synthétiques graves et d’orchestrations sombres, incluant la guitare. Le thème devient ici plus puissant, plus belliqueux et plus menaçant que jamais. On y ressent toute la puissance de l’organisation criminelle d’Oroku Saki/Shredder. La deuxième partie de « Shredder’s Big Entrance » est par ailleurs extrêmement sombre, avec quelques variations mystérieuses et lugubres du thème des Foots aux cordes. Du Prez tempère le ton comique des débuts et confirme que « Teenage Mutant Ninja Turtles » est également un film sombre, renforcé par le fait qu’une bonne partie de l’action se déroule la nuit, dans des rues lugubres et malfamées.

L’action reprend ensuite ses droits dans « Raphael in Trouble » lorsque Raphael affronte des Foots sur le toit de l’immeuble d’April. Du Prez ramène ici les rythmes rock et la guitare effrénée et cool pour ponctuer le combat, sans oublier le thème de Shredder repris brièvement à 1:41 et quelques parties plus étranges et inventives. « Huge Fight » illustre quand à lui la grosse baston dans l’immeuble d’April. Ici aussi, la musique bascule dans la comédie pure avec un morceau d’aventure beaucoup plus bondissant que réellement agressif, et entièrement orchestral. La musique évoque clairement les gags, l’ingéniosité délirante des tortues ninja et de leurs coups spéciaux pendant la bagarre avec des Foots – on croirait entendre la musique d’un numéro de cirque - « Tatsu Attack » s’oriente quand à lui vers un style électro/orchestral bien plus années 80, comme pouvaient le faire Harold Faltermeyer, Giorgio Moroder ou Hans Zimmer à la même époque. Le morceau accompagne la scène où Tatsu attaque les tortues et Casey dans l’immeuble en feu et rompt avec le style comique de « Huge Fight » : ici l’ambiance devient plus sérieuse, avec un sentiment d’urgence et une batterie plus déterminée sur fond de riffs répétés des synthés, dans un style typiquement eighties.

Le morceau s’achève sur une variation autour du thème des Foots. « Trouble » nous fait comprendre que l’heure n’est plus à la rigolade. Les tortues découvrent que leur Q.G. a été saccagé et que Splinter a été kidnappé. On retrouve ici le thème poignant et mélancolique de Splinter aux cordes dans l’un des plus beaux passages de la partition de « Teenage Mutant Ninja Turtles ». « Their Greatest Fear » développe conjointement les thèmes de Splinter, du Clan des Foots puis enchaîne avec une troisième partie plus dynamique de type montage (à 1:38) où les tortues s’entraînent pour partir sauver Splinter, Du Prez reprenant par ailleurs le motif de 3 notes qui prend ici une tournure action plus déterminée symbolisant le courage, la vaillance et la force, le tout sur fond de batterie. Cette ambiance se prolonge d’ailleurs dans « Time to Go Back » avec le retour du thème des Foots, tandis que « Battle with the Foot » alterne entre l’électro 80’s, la partie rock et l’orchestre.

UNE CONCLUSION COOL ET GROOVY !

Plus fun, « Sewer Surfin » fait référence de manière délirante au surf rock des années 60 durant la scène des tortues qui surfent avec leurs planches dans les égouts, tandis que le combat final débute avec « Street Fight », reprenant par la même occasion le thème principal funky/groovy cool des tortues ninja, avant le duel final avec Shredder dans « Shredder’s Last Stand » et « The Fall of Shredder », qui conclut la thématique autour d’Oroku Saki. Enfin, le film se termine avec le retour du thème mélancolique de Splinter. Ainsi donc, John Du Prez signe une partition amusante, fun et sombre en même temps pour « Teenage Mutant Ninja Turtles », reflétant parfaitement les différents aspects du film de Steve Barron avec une omniprésence des thèmes musicaux, même si l’on aurait aimé que celui des tortues ninja soit un peu plus présent.

Du Prez signe un classique de sa filmographie avec ce film, un peu daté dans son utilisation des synthétiseurs et des parties rock, mais toujours aussi fun à écouter sur les images comme sur l’album. C’est d’ailleurs l’occasion de redécouvrir le travail très sympa du compositeur sur l’album publié par Waxwork en 2018 qui sera d’ailleurs suivi dans les années à venir d’un album pour le deuxième et troisième score de John Du Prez : vivement la suite ! Cowabunga !






---Quentin Billard