Disc 1 - The Soundtrack

1-Main Title 2.08
2-Out Of The Water 0.43
3-The Train Wreck 0.40
4-Through The Alley 0.52
5-The Fog Scene 2.36
6-Hester's Theme 2.21
7-For Gillian 1.48
8-Vision On The Stairs 1.48
9-Eavesdropping 3.42
10-Surveillance 1.16
11-Gillian's Vision 4.23
12-The Conspiracy 1.36
13-Descent 4.32
14-Death On The Carousel 2.30
15-Gillian's Escape 5.47
16-Remembering Robin 2.07
17-Before Dinner 1.08
18-Approaching The House 2.04
19-Lifting Susan 4.28
20-The Fall 1.16
21-Father Meets Son 4.05
22-Gillian's Power 1.42
23-End Credits 2.46

Disc 2 - The Album

1-Main Title 3.08
2-For Gillian 2.37
3-Vision On The Stairs 4.03
4-Hester's Theme and
The House 4.31
5-Gillian's Escape 6.11
6-The Search For Robin 2.38
7-Gillian's Vision 3.51
8-Death On The Carousel and
End Title 8.21
9-Epilogue 4.37

Musique  composée par:

John Williams

Editeur:

Varèse Sarabande
VCL 0702 1011

Album produit par:
Nick Redman, Robert Townson

Artwork and pictures (c) 2002 20th Century Fox Film Corp. All rights reserved.

Note: ****
THE FURY
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by John Williams
En 1978, Brian De Palma est en pleine période d'inspiration. C'est dans les années 70 qu'il réalise trois de ses plus célèbres films, 'Phantom of The Paradise' (1974), 'Obsession' (1976) et le fameux 'Carrie' (1976). 'The Fury' s'inscrit finalement dans la continuité de ces deux films précédents, et plus particulièrement de 'Carrie'. 'The Fury' met en scène une jeune femme nommée Gillian (Amy Irving) qui ne va pas tarder à découvrir qu'elle possède d'étranges dons télépathiques. Tout commence le jour où un agent secret américain nommé Peter Sandza (Kirk Douglas) et son fils Robin (Andrew Stevens) se font attaquer sur une plage du Moyen-Orient par de mystérieux terroristes armés jusqu'aux dents. Ben Childress (John Cassavetes), l'ami de Peter, l'a trahi et kidnappe son fils qui possède lui aussi d'étranges pouvoirs télépathiques. Peter se fait alors passer pour mort. Childress espère utiliser les pouvoirs de Robin pour mener à bien des expériences pour l'armée. De son côté, Peter se met désespérément à la recherche de son fils. La seule personne qui soit capable de retrouver Robin n'est autre que Gillian, qui voit par flashs des fragments de l'esprit de Robin. Peter prend finalement contact avec Gillian par le biais de Hester (Carrie Snodgress), l'infirmière du centre où elle se trouve. C'est elle qui va aider la jeune fille à s'enfuir hors de ce centre de recherche. Gillian sait que Robin est en danger. Elle sait qu'il possède lui aussi ces étranges pouvoirs dont elle ignore encore tout. Peter va se joindre à elle, et ensemble, ils devront se rendre au Q.G. de Childress pour tenter de libérer Robin.

Evidemment, 'The Fury' doit beaucoup à 'Carrie'. On y retrouve le thème de la jeune femme aux pouvoirs télépathiques très spéciaux. On y retrouve aussi ce style horrifique sanguinaire qui caractérisait si bien le précédent film de De Palma, adepte des sensations fortes au cinéma. Le film s'inscrit dans la lignée des thrillers occultes mis au goût du jour dans les années 70 grâce au fameux 'The Exorcist' de William Friedkin. L'histoire du film semble même avoir trouvé un écho auprès de David Cronenberg qui s'est très largement inspiré de ce film pour faire 'Scanners' en 1981. La mise en scène du réalisateur est très réussie. On sent le suspense et la tension à chaque moment sombre du film. A noter une scène excellente, typique de De Palma: la séquence de ralenti avec la fusillade dans la rue, le genre de séquence que l'on retrouvera plus tard chez De Palma (cf. fameuse séquence de la fusillade dans les escaliers de 'The Untouchables' - 1987). Les effets spéciaux, signés Rick Baker ('Star Wars'), sont eux aussi très réussis, même si l'on regrettera le côté un peu trop artificiel de la sanguinolente séquence finale. Entre suspense, thriller et horreur, 'The Fury' est un excellent conte macabre et violent dans la lignée des films d'horreur précédents de De Palma. A noter que le film marque les débuts de Daryl Hannah au cinéma - elle joue le rôle de Pam, une des camarades de Gillian au tout début du film.

Après deux scores signés Bernard Herrmann, 'Sisters' (1973) et 'Obsessions' (1976), sans oublier le 'Carrie' de Pino Donaggio (qui écrira la musique de beaucoup de films de De Palma), le réalisateur fit appel à John Williams sur 'The Fury'. Williams était en pleine période de gloire, ayant triomphé un an avant avec 'Star Wars' de Lucas et 'Close Encounters of The Third Kind' de Spielberg. 'The Fury' démontre que le compositeur est aussi très à l'aise dans le genre plus noir et plus terrifiant qu'est le thriller occulte. Sa partition pour le film de De Palma est considérée à juste titre comme l'une des meilleures oeuvres et, sans aucun doute, une de ses partitions incontournables des années 70. Cette grande partition orchestrale développe tout au long du film une ambiance mystérieuse et sombre très prenante. Afin d'accentuer le côté fantastique du film, Williams utilise le théremin, très largement popularisé par le 'Spellbound' de Miklos Rozsa (1945). Evidemment, le compositeur fait ainsi un clin d'oeil aux vieilles partitions de film fantastiques des années 50/60, où il était d'usage d'utiliser cet instrument d'origine russe associé au fantastique et au surnaturel. 'The Fury' doit beaucoup à son thème principal, fameux motif de 6 notes particulièrement envoûtant. Le thème reste très présent tout au long du film et évoque à merveille toute l'atmosphère fantastique et mystérieuse du film.

La récente réédition du score en CD Club par Varèse Sarabande est une chance: elle nous permet de redécouvrir cette superbe partition dans son intégralité, avec un deuxième CD contenant le réenregistrement original édité par Varèse Sarabande en 1990. Le 'Main Title' nous expose donc le superbe thème principal mystérieux de 'The Fury': 6 notes ascendantes puis descendantes, formant un arc, confié à des clarinettes menaçantes et soutenues par des cordes sombres avec bassons, quelques cuivres pesants et des timbales accentuant la noirceur du thème. Le 'Main Title' de 'The Fury' nous renvoie très clairement au style psychologique et envoûtant du célèbre 'Vertigo' de Bernard Herrmann, dont l'ombre semble parfois planer sur le score du film. Ceci a sans aucun doute été voulu par De Palma qui, après avoir collaboré sur deux films avec Herrmann, souhaitait retrouver ce style d'ambiance sur 'The Fury'.

Après ce superbe 'Main Title' incontournable, Williams installe très vite une ambiance intrigante et mystérieuse, débutant réellement avec 'The Train Wreck' et son sursaut orchestral annonçant la noirceur de l'histoire (premier flash horrifique de Gillian au début du film). A noter que le théremin est déjà utilisé sur une reprise étrange du thème principal, évoquant les mystérieux pouvoirs de Gillian qu'elle ne contrôle pas encore. L'action démarre ensuite avec l'excellent 'The Fog Scene', petit scherzo d'action typique de John Williams. 'The Fog Scene' décrit ainsi la poursuite entre Peter et les sbires de Childress dans la séquence du brouillard, près du port. On y retrouve l'écriture action typique de Williams, mettant ainsi l'accent sur les cuivres, des cordes agitées et des percussions diverses (dont le xylophone) avec des vents rythmés. On pense très clairement ici aux morceaux d'action de 'Star Wars' ou de 'Superman', avec un côté un peu Stravinsky pour le rythme du morceau. En l'espace de quelques morceaux, Williams annonce déjà tout le reste de sa partition: suspense, mystère, action et terreur.

A noter un petit thème romantique confié à une clarinette et des cordes pour le joli 'Hester's Theme', une sorte de petit Love Theme passager évoquant la relation entre Peter et Hester. Evidemment, l'amour n'est pas le thème majeur de 'The Fury'. Le 'Hester's Theme' sera donc purement anecdotique ici (voire inutile), juste nécessaire afin d'apporter une touche plus humaine à un score très sombre. 'For Gillian' nous permet lui aussi de respirer un bon coup, évoquant de manière paisible l'épanouissement de Gillian dans le centre de recherche du docteur McKeever (Charles Durning). A vrai dire, 'For Gillian' est le seul moment paisible et joyeux du score, avec son côté rassurant très clairement naïf. Passé ce morceau, Williams nous invite à voyager dans un univers noir et sombre de plus en plus intense. C'est 'Vision On The Stairs' qui évoque avec terreur la nouvelle vision de Gillian dans les escaliers, lorsqu'elle tient la main du Dr.McKeever. On retrouve le thème principal confié ici à des vents et des cordes dans une écriture orchestrale riche et particulièrement agitée, le thème devenant un leitmotiv envoûtant associé au mystère intrigant de ces visions de plus en plus terrifiantes.

'Gillian's Vision' reprend le thème principal de manière plus intense pour une nouvelle scène de vision de Gillian, dans laquelle on ressent tout le mystère et l'inquiétude liée à une sensation de terreur de plus en plus forte, très largement entretenue par les orchestrations denses du compositeur. Le suspense et le mystère se poursuivent jusqu'à un autre morceau incontournable du score, le fameux 'Death On The Carousel' où Williams utilise de l'électronique pour la séquence de la catastrophe du manège, évoquant les pouvoirs immenses d'un Robin devenu incontrôlable. Le thème est repris au théremin et prend une tournure de plus en plus sombre et inquiétante.

La séquence de la vision de Gillian devant le lit d'une chambre permet à Williams d'utiliser un motif de quatre notes très mystérieux, confié à des cors et des cordes sombres. Le théremin refait aussi son apparition pour cette séquence de vision de Gillian, devant le lit d'une chambre où elle voit Robin en train de passer des tests. C'est ce motif de quatre notes que Ryuichi Sakamoto reprendra vaguement dans le thème de 'Snake Eyes', autre thriller de De Palma datant de 1998, et probablement fait à la demande du réalisateur qui possède toujours des idées intéressantes sur la mise en musique de ses différents films. 'Gillian's Escape' souligne l'une des meilleures scènes du film, la séquence de l'évasion de Gillian et de la fusillade dans la rue, entièrement tournée avec un ralenti intense. On retrouve ici une écriture orchestrale à la fois sombre et très agitée, Williams conservant quelques variantes parfois subtiles de son thème principal, omniprésent tout au long du score. On se rapproche alors de plus en plus de la fin. 'Remembering Robin' nous permet de faire une nouvelle pause, lorsque Peter évoque avec Gillian les souvenirs qu'il a de son fils. Une phrase de hautbois nostalgique et mélancolique permet au compositeur de faire ici un peu de place à de la chaleur humaine, un bref moment intime entre deux morceaux de suspense et de terreur.

A ce sujet, 'Lifting Susan' est l'un des plus beaux morceaux de terreur du score, dans la séquence horrifique où Robin tue Susan (Fiona Lewis) en la faisant léviter dans l'air. C'est un des rares passages où l'orchestre sonne de manière plus chaotique, avec des cordes stridentes, des percussions brutales et des cuivres pesants. Le thème principal est repris pour évoquer cette fois-ci les pouvoirs destructeurs d'un Robin devenu fou furieux. C'est finalement le puissant 'Gillian's Power' qui conclut le film sur une ultime touche sombre et chaotique, Williams laissant place ici à un véritable déchaînement orchestral dominé par des cordes sombres, des percussions et des cuivres, sans oublier le théremin qui apporte sa touche fantastique (un peu rétro) à cette horrifiante séquence finale, suivi d'un 'End Credits' reprenant le thème du 'Main Titles'.

'The Fury' est sans aucun doute l'une des meilleures partitions du John Williams de la fin des années 70. On a trop souvent tendance à ne retenir de lui que ses partitions pour les films de Spielberg ou ses gros mastodontes symphoniques tels que 'Star Wars' ou 'Superman'. Il serait pourtant particulièrement injuste de passer à côté de cette superbe partition orchestrale très sombre, nous dévoilant la facette plus suspense/terreur du compositeur, déjà pleinement mise en valeur dans 'Jaws' (1975) et 'Close Encounters of The Third Kind' (1977), dans la première partie du film de Spielberg. Evidemment, 'The Fury' doit beaucoup à Bernard Herrmann, et cela, le compositeur ne s'en est jamais caché. Cela faisait même partie du jeu, puisque De Palma souhaitait que Williams retrouve cette atmosphère sombre proche des partitions psychologiques d'Herrmann pour les thrillers d'Hitchcock, et plus particulièrement ici de 'Vertigo'. 'The Fury' est une bien belle démonstration du savoir-faire du compositeur, accouchant ici d'une oeuvre symphonique mure et riche en couleurs. Outre le fait que Williams nous démontre tout son talent sur le film de De Palma, 'The Fury' est aussi une bonne leçon face aux compositeurs actuels qui ont trop souvent tendance à tomber dans les facilités de la cacophonie pour mettre en musique de tels films. En 1978, John Williams nous prouvait ainsi qu'un thriller de ce genre n'avait pas forcément besoin d'avoir une musique chaotique qui parte dans tous les sens, même si c'est une partie de l'exercice demandé, surtout aujourd'hui. Bref, 'The Fury' est un score incontournable, à découvrir grâce à la superbe réédition de Varèse Sarabande!


---Quentin Billard