1-Church 3.58
2-The Keeper 1.41
3-Cityscape 1.13
4-Closet Shrine 4.28
5-Reflections 0.56
6-Donetti Dies 0.54
7-Vince and Scotty 2.12
8-Freeway Killing 3.59
9-Kidnapped 1.27
10-Vince and Dela 0.59
11-Frank Walks 2.53
12-Closeted 3.24
13-Endwrap 4.07

Musique  composée par:

Leonard Rosenman

Editeur:

Intrada Records
MAF 7024D

Produit par:
Leonard Rosenman
Producteur exécutif:
Douglass Fake
Monteur de la musique:
John Caper

Artwork and pictures (c) 1991 Viacom Pictures. All rights reserved.

Note: ***
KEEPER OF THE CITY
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Leonard Rosenman
'Keeper of The City' (Menace sur la ville) est un petit téléfilm routinier réalisé par Bobby Roth, décrivant la folie d'un serial-killer qui s'est mis en tête de débarrasser la ville de Chicago de tous les gros bonnets de la Mafia. Vince Benedetto (Anthony LaPaglia) est un homme dérangé, qui vit mal la mort de sa grande-mère, une catholique aux méthodes extrémistes qui l'ont marqué à vie. Vince ne supporte plus le fait que son père ait travaillé dans la Mafia. Bien décidé à accomplir ce qu'il appelle 'l'oeuvre de Dieu', Vince décide de se faire sa propre justice et se lance dans une croisade sanguinaire qui va l'amener à assassiner plusieurs grosses pointures de la Mafia de Chicago. A chaque meurtre, on retrouve les mêmes éléments: un corps avec une balle de fusil à pompe dans le ventre et pas de témoin. Avant chaque meurtre, le journaliste Frank Nordhall (Peter Coyotte) reçoit une lettre du tueur l'avertissant du nom de la prochaine victime, suivi du message 'le crime est en train de mourir'. C'est le détective James Dela (Louis Gossett Jr.) qui est chargé de mener cette troublante enquête. Le problème, c'est que Nordhall est un fervent opposant au crime organisé et ne cesse de dénoncer les méfaits de la Mafia dans son journal. Il fait dorénavant du tueur de mafieux une sorte de héros local, un croisé dont il soutient quasiment les crimes contre ces hommes de la pègre qui pourrissent la ville de Chicago. Mais Dela est bien décidé à stopper le tueur avant qu'il ne commette ses prochains méfaits, et pour cela, il va devoir faire en sorte que Nordhall, qui est déjà entré en contact avec Vince, crache le morceau. A première vue, on peut se dire que le scénario basique de 'Keeper of The City' semble sortir tout droit d'un vieux téléfilm lambda du dimanche soir, et on n'aurait pas tort du tout, car un téléfilm lambda, c'est bien ce qu'est le film de Bobby Roth. A partir de là, il n'y a pas grand chose à dire, si ce n'est que l'on s'ennuie ferme, que les acteurs sont bons sans plus (le personnage de Louis Gossett Jr. a beau être cynique - surtout dans l'ouverture brutale du film - il n'en demeure pas moins bien souvent pitoyable) et que le scénario est bourré de défauts en tout genre (le personnage d'Anthony LaPaglia assassine des mafieux, et peu de temps après, il s'en prend à sa famille? Quid de l'intérêt de la romance totalement sous-développée et inexistante entre Dela et la femme de Vince?). Bref, un travail d'artisan plutôt raté, bâclé et ennuyeux. Un petit téléfilm insignifiant à ajouter à la liste des obscurs navets d'Hollywood!

Inattendu sur ce film, le compositeur Leonard Rosenman nous livre une solide partition orchestrale avec son style inimitable, entre un certain classicisme d'écriture tourmenté et une écriture atonale/dissonante plus avant-gardiste (rappelons que Rosenman fut l'un des élèves d'Arnold Schoenberg et l'un des premiers compositeurs à utiliser le dodécaphonisme à Hollywood dans les années 50 avec 'The Cobweb'), dans la lignée de ses travaux précédents ('The Lord of The Rings', 'Fantastic Voyage', etc.). La partition qui se rapproche le plus de celle de 'Keeper of The City' pourrait sans aucun doute être celle de 'Robocop 2', duquel on retrouve la même froideur orchestrale, les mêmes couleurs instrumentales et le même ton à la fois lent et sombre. Le score de 'Keeper of The City' s'oriente autour d'un thème plutôt majestueux attribué dès le générique de début à James Dela, le héros du film. Le thème propulsé par des cordes et des cuivres amples dès l'apparition du titre du film est l'un des rares moments plus paisibles et harmonieux du score. Il évoque cette idée de la justice représentée par le personnage de Louis Gossett Jr., un flic intègre et sympathique. Pour l'ouverture du film, 'Church' nous introduit l'élément majeur du score: une chorale religieuse en latin qui évoque les idées spirituelles du personnage de Vince Benedetto. Cette brillante introduction chorale possède un côté poignant, recueilli, alors que l'on voit Vince prier dans une église. La chorale prend très vite une dimension plus inquiétante, plus dissonante, exprimant la folie du personnage d'Anthony LaPaglia. On est proche par moment de l'esthétique des pièces vocales religieuses du 20ème siècle (on peut penser aux clusters vocaux du célèbre 'Requiem' de Ligeti par exemple). Cette partie vocale est très importante, puisqu'elle nous introduit un motif de choeur qui sera attribué par la suite au serial-killer, évoquant de manière sinistre sa folie spirituelle.

Après l'exposition du thème principal majestueux (que le compositeur attribue à la ville), Rosenman nous propose une variante rythmique de ce thème lors de l'arrivée de Dela à bord de sa voiture, dans le générique de début. On notera ici l'excellente écriture rythmique et orchestrale de cette variante déjà orientée vers l'action énergique, et ce dès le début du film. En dehors de quelques passages plus dissonants (on retrouve le tic habituel du compositeur: un empilement de dissonances ascendantes aux cuivres), la dernière partie de 'Church' est surtout rythmique, un élément qui ne sera pourtant pas prédominant dans le score de Leonard Rosenman, puisque la partition de 'Keeper of The City' est essentiellement atmosphérique, lente et parfois brutale. Le premier élément marquant ici est l'utilisation de choeurs féminins dissonants pour évoquer la folie religieuse de Vince. Ces voix semblent surgir de l'au-delà, exprimant l'univers torturé dans lequel le personnage s'est enfermé. Cette partie atonale est tout à fait caractéristique du style de Rosenman, la musique apportant l'indispensable touche de frisson au film. Chacun des méfaits de Vince est accompagné par cette musique sinistre et glaciale, dans lequel clusters de cordes/voix apportent une dimension quasi macabre à la musique.

En dehors de ces moments assez glauques, la musique évoque la violence du personnage avec des sursauts de brutalité orchestrale typique du compositeur. On retrouve les orchestrations habituelles du compositeur (clarinettes, cordes, cuivres divers, etc.), Rosenman faisant monter la tension tout au long du film en développant une ambiance guère rassurante, tourmentée et sombre. Le thème de la ville se fait plus discret durant le film, le score étant essentiellement dominé par le sinistre motif vocal associé à Vince, et évoquant ses motivations 'religieuses'. Les quelques rares passages d'action sont dans le style de la dernière partie rythmée de 'Church', avec percussions, cordes, vents et cuivres souvent dissonants et parfois massifs. A noter que c'est l'excellent thème de la ville qui viendra conclure le film sur une touche plus paisible, plus heureuse. Entre suspense et action, le score de 'Keeper of The City' développer une ambiance tout à fait caractéristique de ce que Leonard Rosenman fournit régulièrement pour ce style de film. On ne pourra d'ailleurs qu'apprécier l'édition d'Intrada pour un score aussi méconnu, les éditions discographiques de Rosenman se faisant de plus en plus rare de nos jours (heureusement, son récent score pour 'Jurij' a eu l'honneur d'être enfin édité!). Une partition atmosphérique assez sombre, parfaitement intégrée à l'esprit de ce téléfilm, mais à réserver essentiellement à ceux qui apprécient les travaux dissonants et atonaux du compositeur!



---Quentin Billard