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Que dire d'une production aussi navrante que « Ghost Ship » (Le vaisseau de l'angoisse), réalisé par un énième tâcheron hollywoodien, Steve Beck (réalisateur de « Thirteen Ghosts ») ? Pas grand chose, si ce n'est qu'après une ouverture bien gore à souhait, le film ne vaut pas grand chose. Certes, les fans du genre passeront sûrement un bon moment devant ce film, à condition de ne pas trop faire attention aux nombreuses invraisemblances du film, mais le tout est tellement gros et stéréotypé au possible qu'il apparaît vraiment difficile de pouvoir considérer ce film comme une réussite du genre. En calquant le principe de films tels que « Deep Rising », « Virus », « Event Horizon » ou « The Haunting », Steve Beck accouche d'un produit de divertissement totalement surfait qui joue sur les formules déjà bien établies dans « Virus » et « Deep Rising », deux films qui se déroulaient déjà à bord d'un navire fantôme. Pour « Ghost Ship », rien de bien nouveau donc : l'équipage du remorqueur 'Arctic Warrior' mené par le capitaine Shawn Murphy (Gabriel Byrnes) est contacté un jour par Jack Ferriman, un pilote canadien qui a repéré dans la mer de Béring l'épave du Antonio Graza, un splendide paquebot de luxe italien disparu depuis plus de 40 ans. En voulant réparer l'épave pour la ramener au port, Murphy, Maureen Epps (Julianna Margulies) et ses hommes vont devoir monter à bord pour inspecter les lieux et vérifier si effectivement le navire est bien désert comme il semble l'être. Mais l'équipage va faire d'étranges découvertes et les problèmes commenceront alors lorsque les esprits des anciens passagers du paquebot se manifesteront. La mort va petit à petit s'emparer de chacun des membres de l'équipage, et seule Epps ira jusqu’au bout pour découvrir les terrifiants secrets du Antonio Graza, et pour savoir ce qu'il s'est réellement passé il y'a 40 ans sur ce navire. Rien de bien nouveau pour ce film qui donne une forte impression de déjà vu. Si vous êtes fans des films d'horreur typiques de notre époque et des séquences bien gore (surtout au début du film), « Ghost Ship » est fait pour vous. Pour les autres, un conseil: passez votre chemin!
Après avoir composé la musique du précédent film de Steve Beck, « Thirteen Ghosts », John Frizzell revient dans le registre de l'horreur avec « Ghost Ship » pour lequel il a écrit un score fort sympathique, qui semble en dire long sur le talent de ce jeune compositeur prometteur. Le score est écrit dans la même veine que le sinistre « Thirteen Ghosts », écrit pour orchestre symphonique avec la panoplie habituelle de synthétiseurs, percussions et parties vocales assurées par la chanteuse Dessislava Stefanova. Le score de « Ghost Ship » mélange terreur pure, suspense glauque claustrophobique (tout le film se déroule à l'intérieur de l’épave hantée) et passages plus dramatiques et lyriques, avec un très beau thème pour le personnage du fantôme de Katie, la petite fillette qui hante le navire. A noter aussi que le compositeur a écrit une partie de la source music du film puisque le morceau pour la séquence avec Francesca s’apparente à une petite sérénade pour violon et piano joué par l'orchestre du bateau (« Francesca's Theme ») sans oublier la chanson « My Little Box » : à noter d’ailleurs que le film s'ouvre de façon surprenante avec un titre tout en rose pas vraiment approprié pour le style de film - un peu d'humour ne fait pas de mal, d'autant que l'on enchaîne tout de suite après avec LA séquence gore/sanguinaire du film. John Frizzell annonce la couleur avec « The Discovery » lorsque l'équipage du Arctic Warrior découvre le navire fantôme perdu en pleine mer. Avec des cordes sombres qui rappellent un peu le style des passages calmes de « Alien Resurrection », « The Discovery » utilise un motif descendant évoquant clairement le mystère entourant le bateau, et c'est avec l'excellent « Falling Apart » que Frizzell nous plonge tout de suite dans l'horreur pour la terrifiante musique de la scène gore d'ouverture. Avec des sonorités électroniques sinistres, des cordes dissonantes et glauques à la « Alien Resurrection », ce morceau atonal macabre illustre parfaitement l'horreur de la scène. A noter ici l'utilisation intéressante de vagues sonorités vocales synthétiques qui renforcent le caractère oppressant de cette séquence choc. Avec « The Discovery » et « Falling Apart », on entre déjà clairement dans l'univers suffoquant et oppressant de la musique de « Ghost Ship ».
« The Arctic Warrior » est un petit passage d'action/aventure assez excitant pour la scène où l'équipage arrive à bord de l'Arctic Warrior. C'est aussi le premier morceau qui introduit le thème principal du score, qui sera très présent tout au long du film tandis que « The Deal » illustre les préparatifs des plans visant à réparer le bateau pour le ramener à bord. Le morceau nous fait déjà ressentir ici un certain sentiment de menace avec des sonorités orchestrales assez sombres qui en disent long sur la suite de l'histoire. « Welcome Aboard » possède quand à lui un titre fort ironique étant donné le caractère du morceau et de la scène. Bien évidemment, l'équipage de Murphy et Epps doivent rentrer à bord du bateau pour essayer de le réparer, et bien entendu, ils ne sont pas les bienvenus. John Frizzell s'arrange donc pour nous faire ressentir tout le côté sinistre, glauque et désertique de ce sombre endroit abandonné depuis 40 ans en mer et qui flotte mystérieusement sans une seule trace de vie à bord. Les sonorités électroniques sont là pour renforcer le climat sinistre et pesant de la musique, le compositeur continuant de prouver qu'il est décidément très à l’aise dans le maniement des textures électroniques incorporées à l'orchestre (« Alien Resurrection » en était déjà un bon exemple !).
Ambiances glauques style 'maison hantée', mystère oppressant et atmosphère pesante et sinistre sont les principales caractéristiques des morceaux tels que « Touring The Ship » ou « The Marie Celeste » (Murphy explique qu'il connaissait un navire à qui il était arrivé la même que l'Antonio Grazia), Frizzell trouvant un excellent compromis entre l'orchestre et les synthétiseurs sinistres superbement incorporés dans son orchestre. Dans « I Saw A Little Girl » (Epps parle de la petite fille qu'elle a aperçue dans le bateau), John Frizzell introduit pour la première fois le thème de la petite Katie, thème mélodique très touchant qui évoque clairement l'innocence et la fragilité de cette mystérieuse fillette qui hante le navire. Confié à un piano délicat doublé par un cor et quelques cordes chaleureuses, « I Saw A Little Girl » permet d'apporter un peu de relief et d'humanité au sein de ce score sinistre et oppressant et ses ambiances noires qu'affectionne particulièrement le compositeur. « Bullet Holes » prolonge l’atmosphère claustrophobique du score en développant une atmosphère de suspense glauque dans laquelle John Frizzell met en avant ses diverses sonorités électroniques qui renforcent l’univers noir et mystérieux qui se dévoile progressivement alors que les membres de l'équipage font des découvertes de plus en plus étranges. Signalons « Katie Appears » avec son piano léger et mystérieux qui flotte de manière étrange au milieu d’une masse sonore terrifiante, ou « Meeting The Captain » et son sursaut de terreur, sans oublier le macabre « Fransesca Appears ». Frizzell apporte alors un peu d’émotion à sa partition dans l’élégiaque et tragique « Santos Dies », pour la mort de Santos, l’un des membres de l’équipage. Le compositeur utilise ici un thème tragique et poignant écrit pour un violoncelle mélancolique et résigné et la voix plaintive de la soliste Dessislava Stefanova aux consonances orientales (et que l’on retrouvera dans « Murphy’s Body »). « The Ballroom Reverts » permet alors à John Frizzell d’expérimenter de façon plus conceptuelle sur sa musique, faisant jouer l’un de ses morceaux entièrement à l'envers pour la scène où Greer voit la salle de bal s'animer soudainement devant lui. Surprenant, l’astuce de « Ballroom Reverts » consiste en fait à nous faire entendre à l'envers un motif qui est alors joué ici à l'endroit. Dommage cependant que le compositeur n'ait pas pu pousser plus loin sur le film ce début (timide !) de concept musical.
L’affrontement final permet à John Frizzell de renouer avec son style action plus agressif de « Alien Resurrection » avec des morceaux tels que « I Guess It's Over » et « The Graza Explodes ». Finalement, l'histoire aboutit à une conclusion plus magique et grandiose dans « The Souls Ascend », morceau dans lequel le compositeur reprend le très beau thème de Katie interprété ici par l’ensemble de l'orchestre, quelques sonorités électroniques plus planantes et des parties vocales quasi fantomatiques lorsque les âmes s'envolent et quittent définitivement le navire. Ainsi donc, « Ghost Ship » marque le retour du grand John Frizzell dans le registre des musiques de film d’horreur, une partition sinistre, mystérieuse et oppressante parsemée de quelques touches plus intimes, et qui apporte une réelle noirceur au film de Steve Beck. Sans révolutionner le genre, la musique de Frizzell est nettement plus intéressante que le film en lui-même et nous prouve une fois encore qu'un compositeur peut parfaitement écrire une excellente musique pour un film médiocre.
---Quentin Billard
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