1-Main Title 2.42
2-First Carnage 2.45
3-Tunnel Chase 5.10
4-Truly Dead 4.58
5-Danny Gets It 3.19
6-Rest In Pieces 1.33
7-El Scorpio 2.41
8-This Is History 6.26
9-Swinging Rude Boys 2.38
10-Dem Bones 4.27
11-End Title 8.45
Musique  composée par:

Alan Silvestri
Editeur:

Varèse Sarabande
VSD-5302
Album produit par:
Alan Silvestri
Producteur exécutif:
Robert Townson
Assistant du producteur:
David Bifano
Montage de la musique:
Ken Karman
Assistant montage de la musique:
Jacqueline Tager
Artwork and pictures (c) 1990 Twentieth Century Fox film Corp. All rights reserved.
Note: *****


Predator 2
Trois ans après le chef-d’oeuvre de John McTiernan, les producteurs de la 20th Century Fox décidèrent finalement de tourner un « Predator 2 », confié cette fois-ci à Stephen Hopkins. Cette fois, on quitte la jungle sud-américaine pour découvrir un autre type de jungle : la ville de Los Angeles, en 1997. Alors que les rues de la ville sont le théâtre de très violents affrontements entre un gang de trafiquants de drogue jamaïcains et des forces de l’ordre complètement débordées, un mystérieux individu rôde sur les toits des immeubles, assistant de façon passive au spectacle. Et puis, au cours de la bataille, un policier se distingue des autres : le lieutenant Mike Harrigan (Danny Glover), qui réussit à repousser les dealers, les forçant à se retrancher dans un immeuble cerné par la police. C’est alors que les jamaïcains se font mystérieusement massacrer dans des conditions étranges. Harrigan et son équipe commencent alors à enquêter mais vont très vite se heurter à l’énigmatique Peter Keyes (Gary Busey), un agent du FBI qui a ordonné que toute la zone soit bouclée et qu’aucun fouineur ne vienne traîner dans les parages. Visiblement, Keyes tient à garder des informations secrètes. Harrigan va quand même mener son enquête personnelle avec ses collègues Danny Artchuletta (Rubén Blades), Leona Cantrell (Maria Conchita Alonso) et Jerry Lambert (Bill Paxton), jeune recrue tête brulée récemment affectée à Harrigan. Mais ce qu’il va découvrir dépassera tout ce qu’il avait pu imaginer : un predator rôde dans la ville et multiplie les massacres, et ce jusqu’au jour où Danny se fait lui-même assassiner par le monstrueux extra-terrestre. Désormais, pour Harrigan, prêt à tout pour venger la mort de Danny, c’est une affaire personnelle. « Predator 2 » osait ainsi se démarquer du premier épisode en changeant complètement de décor, chose qui semble en avoir rebuté plus d’un. Pourtant, sans posséder la maestria de John McTiernan, Stephen Hopkins nous livre un nouveau film d’action particulièrement sombre, mystérieux et gore, avec quelques séquences d’anthologie pure comme la scène où le predator, en tenue camouflée, marche dans l’eau lors de son face à face contre King Willie (scène de mysticisme pur extrêmement impressionnante !), ou la longue traque finale qui démarre dans un abattoir en passant par le toit d’un immeuble pour finalement se conclure dans le vaisseau du predator. Même si l’on regrettera l’absence de la jungle qui apportait quelque chose de particulier dans le premier film, on appréciera ici le style urbain et suffocant de la ville de Los Angeles, le réalisateur parvenant à nous faire ressentir la chaleur écrasante qui règne dans cet univers de violence et de mort. Malgré plusieurs défauts dont un concerne principalement des erreurs techniques assez visibles, « Predator 2 » est une grande réussite et se permet même d’offrir de nouvelles informations sur la vie du predator sans trop en dévoiler pour autant. Une bien belle réussite pour ce second opus particulièrement violent et très prenant !

Alan Silvestri effectue son grand retour sur « Predator 2 ». Après un travail tout bonnement inoubliable sur le premier épisode de 1987, « Predator 2 » permet au compositeur de reprendre son travail de l'opus précédent et de le dépoussiérer, lui conférant ainsi une nouvelle jeunesse, un lifting total et une force décuplée par 1000. Point d’exagération ici, le résultat est tout bonnement épatant ! On retrouve ainsi la plupart des grands thèmes du premier « Predator », le thème principal, cuivré et guerrier, rythmé par un ensemble de percussions et un ostinato rythmique de piano très judicieux et entêtant, thème qui brille dans toute sa splendeur dans l'extraordinaire « End Titles », morceau anthologique de la partition de « Predator 2 » (et, osons le dire, anthologique dans toute la carrière d’Alan Silvestri !), avec ses cuivres massifs et ses fameux rythmes martelés et syncopés, totalement indissociable de l'univers sauvage et violent de « Predator ». On retrouve aussi le thème du mythe du predator, motif de 4 notes ascendantes, déjà aussi présent dans le premier épisode, et que le compositeur réutilise notamment dans l'excellente pièce de suspense « Danny Gets It » (morceau présenté ici dans sa version album, la version film étant différente), et que l’on entend lorsque Danny s’introduit discrètement dans l'immeuble placé sous scellés fédéraux et mène son enquête secrète avant de tomber nez à nez avec le predator qui n’en fera qu’une bouchée. On appréciera ici le sentiment de mystère pur que dégage « Danny Gets In ».

Niveau instrumentation, Alan Silvestri a sorti l’artillerie lourde pour « Predator 2 », puisque la musique n’est plus confiée au Hollywood Studio Symphony mais au Skywalker Symphony Ranch (un orchestre plutôt spécialisé dans les enregistrements de musiques pour les productions de Georges Lucas), qui nous livre ici une interprétation remarquable de la partition de Silvestri. Mais la grande différence avec le premier opus, c’est surtout l’utilisation d’un ensemble de percussions brésiliennes utilisées ici pour reproduire un son tribal indissociable de l’univers musical de « Predator 2 ». Les percussions interprétées brillamment par les musiciens brésiliens du compositeur apportent une atmosphère particulière à la musique du film. Elles représentent l’univers de la jungle urbaine, écrasé par la chaleur et la violence, un univers chaotique introduit avec brio dès le générique de début dans le « Main Title », soulignant dès les premiers instants la violence des combats et la chaleur écrasante de l'été. Les percussions « tribales » apportent cette chaleur incroyable à la musique du début du film, qui prend rapidement une tournure chaotique et enragée (avec, au passage, de brefs rappels au thème principal). Enfin, toujours au rayon des nouveautés, signalons que Silvestri a introduit davantage d’éléments électroniques/synthétiques dans sa partition de « Predator 2 », et ce alors que le score de « Predator » était essentiellement orchestral tout le long. Soucieux de ne pas se paraphraser, Alan Silvestri a donc réfléchi sur la façon d’envisager une nouvelle approcher musicale sur le film de Stephen Hopkins tout en restant fidèle et cohérent par rapport à ce qu’il avait déjà crée sur le film de John McTiernan. Rappelons d’ailleurs que si l’électronique est plus présent ici (probablement pour renforcer le côté suffocant et déshumanisé des décors urbains du film), c’est surtout dans la façon dont Silvestri s’en sert pour créer des sonorités inédites qui attirera plus particulièrement notre attention ici. Effectivement, il faut savoir que, pour les besoins du film, le compositeur a fait appel au savoir-faire du célèbre bassoniste de jazz Ray Pizzi, avec lequel Silvestri a enregistré toute une série de sonorités étranges et expérimentales du basson afin de créer ensuite, par le biais d’un traitement informatique, de nouvelles sonorités inédites associées dans le film au predator. Ces sonorités bien souvent angoissantes apportent une identité sonore puissante à la musique de « Predator 2 », assez unique en son genre et totalement indissociable du film de Stephen Hopkins. Et toujours au niveau des sonorités électroniques, les spécialistes de Silvestri reconnaîtront certainement dans « Rest In Pieces » ou « El Scorpio » des sonorités expérimentales étranges déjà entendues dans les scores de « The Clan of the Cave Bear » (1986) ou « No Mercy » (1986).

La partition de « Predator 2 » contient aussi le thème de suspense du predator, motif de sept notes de cuivres, violent et sauvage, entendu notamment dans le fantastique et surpuissant « Tunnel Chase », qui illustre pendant cinq minutes l'intensité extrême d'une course poursuite effrénée entre Harrigan et le predator, morceau incontournable de la partition de Silvestri qui nous permet d’ailleurs de réentendre le puissant thème principal cuivré dans toute sa splendeur, caractérisant aussi les méfaits du monstre. Le motif de combat de sept notes est présent, avec les fameux rythmes « labyrinthiques » martelés, un tic typique d’Alan Silvestri et repris de partitions telles que « Back To The Future » ou « The Abyss », et qui simulent clairement la sensation de ne jamais sortir de cette jungle écrasante, piégé dans un labyrinthe sans issue. La présence du predator est personnifiée ici aussi par une reprise d’un thème du premier opus (rappelons d’ailleurs que le score de « Predator » est d’une richesse thématique absolument exemplaire !), motif de trombones de quatre notes clairement menaçant. Il est ici incorporé dans le nouveau thème qu’a écrit Silvestri pour « Predator 2 », une sorte de puissante marche tribale mystique et maléfique. Il s'agit probablement là d’une des plus belles réussites du score de Silvestri pour le film de Stephen Hopkins, avec, pour être plus précis, le très prenant « Truly Dead », morceau de suspense atmosphérique pur lorsque Harrigan rencontre en pleine nuit King Willie dans une ruelle sombre, King Willie étant le leader spirituel des jamaïcains qui sévissent en ville. L'ambiance étouffante et ténébreuse de la musique doit beaucoup ici à l'emploi très habile des synthétiseurs, alors que les paroles inquiétantes de King Willie au sujet de celui qui commet tous ces assassinats s'accompagne de l'arrivée progressive des percussions tribales effrénées, suggérant ici deux choses : d'abord, l’apparence très inquiétante de sorcier vaudou du personnage, puis l'arrivée grandiose du Predator qui se jette, invisible, du toit d'un immeuble, après le départ d’Harrigan, dans la fameuse séquence dans laquelle on aperçoit des pas invisibles marcher dans l'eau, face à un King Willie fasciné et terrorisé, qui sait qu’il est face à la mort et que le démon est venu pour l’emmener dans l’au-delà.

Le predator est en fait, tout comme dans le film de McTiernan, la représentation symbolique du démon descendu sur terre pour venir anéantir les hommes. C’est du moins ce qu’Alan Silvestri a voulu représenter dans sa musique, apportant une force incroyable aux images. Les percussions s'agitent alors et instaurant un rythme tribal qui s’apparente à une sorte de procession mystique cauchemardesque, renforcée par l'arrivée grandiose du nouveau thème du predator, avec des choeurs martelés par des sons de cloches et le défoulement d’un ostinato de percussions tribales. Une scène anthologique, illustrée par une musique anthologique ! L’impact de cette pièce sur cette séquence est tout bonnement extraordinaire, un grand moment de musique de film, tout simplement ! Les choeurs synthétiques apportent ici une puissance redoutable au morceau, illustrant de manière grandiose le concept d’une entité qui dépasse l’homme, quelque chose d’énorme qui angoisse l’humanité, quelque chose bien au-delà des frontières terrestres : l'aspect diabolique du predator, créature de l'au-delà venue d'un autre monde, glaciale et sans pitié. A noter que l’on retrouve d’ailleurs le dit thème lorsque le clan des predators se réunit à la fin du film dans le vaisseau de la créature après sa mort, entourant un Harrigan qui finit par se rendre.

Des morceaux comme « El Scorpio » ou « Swinging Rude Boys » illustrent avec les percussions tribales l'aspect souvent bouillant et sauvage des criminels jamaïcains de Los Angeles. Dans « Rest In Pieces », Silvestri reprend même le thème de l'enterrement militaire à la trompette solitaire, déjà entendu dans le premier opus lorsqu'un des soldats du groupe allait se recueillir sur la dépouille de son défunt camarade. Ici, on retrouve le même thème solennel de trompette, brusquement interrompu par un amas de samples vocaux en échos repris de « No Mercy » et « The Clan of the Cave Bear », pour la scène où Harrigan découvre brusquement le collier tâché de sang de Danny, dans le cimetière. Quand au « End Titles », morceau d’anthologie pur, il nous permet de retrouver toute la force, toute la puissance, toute la violence mystique et tribale de la partition d’Alan Silvestri qui, pendant presque 9 minutes, résume les différentes ambiances de sa musique : rarement aura-t-on entendu une musique d’une telle puissance pour un film hollywoodien de cette époque. Une autre grande réussite d’Alan Silvestri sur « Predator 2 », incontournable !

En résumé, on ne s’avancera certainement pas trop en affirmant que « Predator 2 » est l’un des plus grands chefs-d'oeuvre d'Alan Silvestri, une musique dans laquelle le compositeur a su prouver toute l’étendue de ses talents et de sa force d’imagination. La puissance que dégage la musique à l'écran est tout bonnement extraordinaire, tout comme la musique du premier « Predator » de 1987. En tout cas, si « Predator 2 » perd en mystère ce qu'il gagne en rythme, cela n'en reste pas moins une oeuvre-clé d’anthologie dans la carrière d’Alan Silvestri, une partition de référence dont l'impact extraordinaire de la musique à l'écran est incroyablement réussi. Un chef-d’oeuvre à connaître absolument !



---Quentin Billard
home members contact submit Ecrire Flash Accueil Compositeurs BO avec CD News Revues flash Mes liens toutes les BO interviews