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Censé être tourné à l'origine dans les années 70 avec Steve McQueen et Diana Ross (on parlait aussi de Ryan O'Neil pour le rôle masculin), 'The Bodyguard' est resté l'un des classiques absolus de Kevin Costner, probablement l'un de ses plus grands succès après 'Dances with The Wolves' et avant sa période d'impopularité qui débuta avec le plantage de 'Wyatt Earp' en 1994 (suivi d'un 'Waterworld' catastrophique). Costner interprète ici le rôle de Frank Farmer, un agent des services secrets reconverti en garde du corps d'une célèbre chanteuse pop nommée Rachel Marron (Whitney Houston). Le courant ne passe pas très bien entre deux, au départ. Rachel déteste que l'on vienne la déranger continuellement dans son travail et son repos. Rachel reçoit régulièrement des menaces de mort, et, pour l'instant, seul ses proches sont au courant de l'existence de ces lettres. Frank découvre aussi un fait bien inquiétant: quelqu'un a réussi à s'introduire dans sa chambre et à se masturber sur son lit. Le garde du corps, toujours très consciencieux, fait installer un impressionnant système de sécurité dans l'immense villa luxueuse de Rachel, chose qui semble déplaire fortement à la chanteuse un brin impétueuse. Très vite, Rachel et Frank finissent par tomber amoureux l'un de l'autre, ce qui risque de compromettre gravement la mission de Frank, qui se refuse à tomber amoureux d'une cliente qu'il est censé protéger. Après une première nuit d'amour, Rachel n'arrive pas à comprendre le rejet soudain de Frank, jusqu'à ce qu'une nouvelle lettre de menace à son hôtel de Miami lui remette les idées au clair. Elle comprend pourquoi Frank doit prendre toutes ses précautions. Le mystérieux tueur semble alors la suivre partout où elle va. Après s'être réfugié quelque temps dans le chalet du père de Frank, Rachel devra faire face à l'horreur de la réalité: le tueur l'a retrouvé et en a profité pour abattre sa soeur Nicki (Michele Lamar Richards). Frank doit trouver une solution pour protéger Rachel coûte que coûte jusqu'à la cérémonie des Oscars, où elle est pressentie pour gagner l'Oscar de la meilleure actrice.
'The Bodyguard' mérite le succès qu'il a obtenu à sa sortie au cinéma en 1992. Le scénariste Lawrence Kasdan (réalisateur de 'Silverado' ou 'Wyatt Earp', deux films avec Kevin Costner) a réussi là un subtil mélange entre thriller, drame et film romantique. Kevin Costner interprète un garde du corps tourmenté et difficile à cerner, face à une Whitney Houston inattendue pour ses débuts au cinéma. Le duo de stars fonctionne très bien, Houston nous prouvant au passage ses talents d'actrice (en plus d'interpréter la chanson phare du film: 'I Will Always Love You'). On sent à l'écran l'alchimie opérante entre les deux personnages. Comme d'habitude, Kevin Costner interprète le héros courageux et belle gueule, prêt à tout pour accomplir sa mission jusqu'au bout. Reste qu'il n'est pas vraiment difficile de trouver l'identité du tueur, identité qui nous ait quasiment révélée lors d'une scène-clé de l'hôtel à Miami. Ceci étant dit, le suspense fonctionne très bien, le réalisateur arrivant à alterner subtilement entre tension et romance. Voilà une histoire simple et efficace qui fonctionne très bien du début jusqu'à la fin. 'The Bodyguard' est sans aucun doute l'un des meilleurs films avec Kevin Costner!
Le score d'Alan Silvestri pour 'The Bodyguard' n'a rien d'un grand chef-d'oeuvre. Il nous rappelle pourtant à quel point le compositeur est très à l'aise dans l'écriture de partitions orchestrales contenant une thématique forte et bien ancrée dans l'histoire du film. Le thème principal de 'The Bodyguard' est ainsi lié au personnage de Frank Farmer et apparaît dès le début du film. Confié à une trompette mélancolique et quelques accords de cordes chaleureuses, le thème principal évoque les tourments intérieurs de Frank. Par la suite, Silvestri ne va pas tarder à nous dévoiler le thème du tueur, que l'on reconnaît facilement à ses tenues de cordes stridentes et dissonantes, évoquant l'idée d'une menace particulièrement inquiétante. Ces cordes stridentes soutiennent un motif confié à des cordes graves (violoncelles/contrebasses) dont une des particularités est cet enchaînement d'accords de tierces mineures dans le grave, qui résonnent de manière à la fois pesante et terrifiante. On sent à merveille l'idée de la menace parcourir ce sinistre thème qui revient régulièrement dans le film comme une sorte de balise musicale envoûtante, nous rappelant que le tueur rôde toujours dans les parages, et qu'il peut surgir à n'importe quel moment.
L'autre thème apporte un contrepoids émotionnel salutaire: il s'agit bien entendu du 'Love Theme' entre Frank et Rachel, thème romantique qui rappelle le Silvestri des comédies romantiques telles que 'Father of The Bride'. Ce très beau 'Love Theme' est confié à un piano avec quelques vents et quelques cordes, Silvestri nous en proposant quelques variantes instrumentales tout au long du film. A noter, pour finir, l'utilisation d'un motif de 4 notes ascendantes, utilisé dans les moments plus tendus du film, évoquant un certain sentiment de gravité, comme c'est le cas pour la séquence de la cérémonie des Oscars, Silvestri soulignant alors l'impressionnant climat d'appréhension et de tension, Frank sentant le danger qui pèse sur une Rachel encore insouciante. Le score va ainsi continuellement alterner entre morceaux intimes/romantiques/mélancoliques, et moments de suspense/action typiques du compositeur. Les quelques rares passages d'action sont d'une efficacité orchestrale redoutable à l'écran, et nous rappelle à quel point Alan Silvestri a toujours été très à l'aise lorsqu'il s'agit de mener à bien des déchaînements orchestraux ou des passages de suspense claustrophobes ('Predator' ou 'The Abyss' sont des exemples flagrants).
A noter l'utilisation d'un motif de cordes soutenu par un ostinato rythmique quasi-martial, utilisé à deux reprises dans le film, l'une pour les préparatifs du système de sécurité dans la villa de Rachel vers le début du film, l'autre pour les préparatifs et l'inspection de Frank à l'hôtel de Miami, dans la dernière partie du film. Pour finir, on notera un passage plus paisible et heureux lors de la séquence au chalet du père de Frank, Silvestri utilisant pour l'occasion un petit thème d'ambiance plus 'pastorale', évoquant avec ses cordes et ses vents paisibles la beauté et le calme des paysages enneigés. Au final, 'The Bodyguard' est un score thriller/romantique intéressant bien qu'assez peu original de la part du compositeur. Il est dommage que les 'tubes' de Whitney Houston aient carrément écrasés la musique de Silvestri, qui a parfois tendance à passer quelque peu inaperçue dans le film, bien qu'elle reste très présente du début jusqu'à la fin, et ce malgré un mixage bas qui ne facilite pas toujours son audition dans le film. Voilà donc un score sympathique et méconnu qui mériterait bien d'être enfin édité comme il se doit!
---Quentin Billard
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