1-Prologue 0.47
2-Jubei 1.04
3-Eight Warriors of the
Demon Clan 5.56
4-Blood Wind 2.55
5-Kagerou 8.21
6-Visions 1.10
7-Devil Shadow 3.07
8-Those Who Faced the Wind 4.16*
9-Pursuit 2.37
10-Devil Swordsman 0.56
11-Strategy 2.48
12-Reincarnation 3.04
13-Struggle to the Death 3.44
14-Epilogue 0.57
15-Somewhere, Faraway,
Everyone is Listening to a Ballad 4.14*

*Interprété par Ryouhei Yamanashi
Ecrit par Ryouhei Yamanashi
Paroles de Shou Jitsukawa.

Musique  composée par:

Kaoru Wada

Editeur:

ADV Music CD/005

Album produit par:
Kaoru Wada

Artwork and pictures (c) 1993 Madhouse Production. All rights reserved.

Note: ***
NINJA SCROLL
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Kaoru Wada
« Jubei Ninpûcho » - alias « Ninja Scroll » - est l’adaptation cinématographique d’une série de Ninpocho écrits par Futaro Yamada (roman japonais mettant en scène des ninjas). Produit par le studio Madhouse et réalisé par Yoshiaki Kawajiri (à qui l’on doit le superbe « Vampire Hunter D : Bloodlust »), « Ninja Scroll » imposa dès 1993 la vision personnelle et adulte du metteur en scène dans une histoire de ninja à la fois épique, sanglante et tragique, un film dur et sans concessions qui rappelle déjà ce qu’avait tenté Kawajiri en 1989 sur « Wicked City » (grand succès japonais de l’année 89). Avec « Ninja Scroll », Yoshiaki Kawajiri nous plonge dans le Japon du 15ème siècle, durant l’ère Sengoku. Tout commence lorsque le village de Shimoda est touché par une grave épidémie de peste. Le seigneur de la région demande alors à la belle kunoichi (femme ninja) Kagero d’escorter un groupe de soldats, les ninjas Koga, pour enquêter sur place et découvrir ce qu’il s’est réellement passé. Mais les ninjas tombent dans une embuscade et se font tous exterminer par le puissant Tessaï, l’un des huit démons de Kimon. Seule Kagero parvient à échapper au carnage, mais elle se fait enlever par Tessaï qui compte bien la violer et la tuer. C’est alors qu’intervient le mystérieux Jubei Kibagami, un rônin solitaire, qui défait le puissant démon et sauve Kagero. Jubei se retrouve alors embarqué malgré lui dans une aventure où il devra affronter les démons du Shogun des Ombres qui cherche à contrôler le pays. Jubei accompagnera dans sa quête la belle et farouche Kagero et un mystérieux moine voyageur, Dakuan, qui le mandatera alors pour une mission très spéciale au service du gouvernement japonais.

Réalisé entièrement à l’ancienne, sans aucun recours aux techniques infographiques, « Ninja Scroll » surfe sur la mythologie des légendes ninjas avec brio, sans tomber dans le ringard habituel de certains films de ninjas nanars des années 80. Ici, Yoshiaki Kawajiri nous offre un spectacle magnifique, où la beauté de l’animation et des décors n’a d’égale que la violence du sujet : « Ninja Scroll » fut ainsi interdit en France aux moins de 16 ans (rare pour un film animé japonais à cette époque !) en raison d’un nombre incroyable de séquences gores ultra sanguinaires - on pense parfois à « Ken le survivant » - de monstres terrifiants et de scènes érotiques parfois très crues (dont une scène de viol vers le début du film assez dérangeante). Le réalisateur retrouve ainsi toutes les recettes de la mythologie ninja avec, cerise sur le gâteau, une profondeur à la fois historique - on y dépeint ici les luttes de pouvoir entre les clans Tokugawa et Toyotomi au 15ème siècle - et dramatique, lorsque Kawajiri dépeint une histoire d’amour impossible entre un rônin solitaire et une belle et jeune guerrière ninja dont le corps est empoisonné, l’obligeant ainsi à éviter tout contact physique. Enfin, « Ninja Scroll » vaut aussi par son atmosphère sombre et intense, faite de démons, de combats virtuoses et sanglants, d’héroïne sexy et même d’humour (les scènes avec le vieux cinglé). « Ninja Scroll » reste au final une référence incontournable dans l’animation japonaise, un film culte exécuté d’une main de maître, à ne manquer sous aucun prétexte.

La musique de « Ninja Scroll » a été confiée au compositeur japonais Kaoru Wada, plus connu pour ses musiques d’animes japonais tels que « Silent Möbius » ou des séries telles que « Battle Angel », « 3x3 » ou « Samurai 7 ». Le travail de Kaoru Wada sur « Ninja Scroll » rappelle incontestablement certaines partitions de Toru Takemitsu sur des films comme « Ran ». A l’instar de la musique du célèbre film d’Akira Kurosawa, Kaoru Wada développe tout au long de l’anime de Yoshiaki Kawajiri des sonorités de la musique traditionnelle japonaise reflétant les décors du Japon du 15ème siècle, à l’aide de différents instruments solistes incluant l’inévitable shakuhachi (flûte en bambou typiquement nippone), mais aussi le koto (cithare japonaise), le shamisen (instrument à trois cordes d’origine chinoise) et le marimba, avec quelques percussions ethniques supplémentaires, le tout accompagnant un orchestre symphonique traditionnel et quelques sonorités électroniques discrètes. Dès le « Prologue », Kaoru Wada pose les bases de sa partition avec le marimba, les percussions, la shakuhachi et quelques instruments de l’orchestre. « Jubei » développe un rythme de tambours taïkos sur fond de cordes martelées pour une des premières scènes de combat avec Jubei au début du film. Wada met ici l’accent sur les percussions avec les cuivres et les cordes pour amplifier la violence des combats, idée que l’on retrouve dans le sombre « Eight Warriors of the Demon Clan », qui illustre quand à lui les démons de Kimon. Le compositeur maintient ici une atmosphère plutôt sombre et oppressante en développant un motif de quelques notes associé aux démons que combattra Jubei tout au long du film, un motif résolument sombre et menaçant. « Eight Warriors of the Demon Clan » est assez représentatif de l’ambiance musicale du score de « Ninja Scroll », faisant la part belle à des orchestrations sombres (instruments japonais, cordes graves, nappes synthétiques mystérieuses, clarinette basse, basson, etc.). Le motif de 6 notes revient tout au long du morceau pour personnifier le danger et la menace illustrée ici par les méfaits sanguinaires du redoutable Tessaï. Enfin, « Eight Warriors of the Demon Clan » s’impose aussi par son atmosphère atonale et dissonante qui semble inspirée par moment de certaines partitions plus avant-gardistes de Toru Takemitsu.

« Blood Wind » évoque l’affrontement sans merci entre Tessaï et Jubei vers le début du film, à grand renfort de percussions guerrières, de cuivres puissants et de rappels entêtants du sinistre motif de 6 notes. Ici aussi, Kaoru Wada maintient une atmosphère sombre, dissonante et oppressante tout en mélangeant à son orchestre les instruments ethniques pour un résultat qui frôle la musique avant-gardiste japonaise. La musique conserve ainsi ce côté résolument sombre et oppressant tout au long du film, magnifiant ainsi l’atmosphère noire et violente du film de Yoshiaki Kawajiri. Le compositeur développe alors plus intensément son atmosphère sombre et inquiétante dans « Kagerou » et ses 8 minutes de tension pure, entre l’orchestre, les percussions, les synthétiseurs discrets et les instruments japonais. Le morceau se conclut d’ailleurs de façon plus apaisée avec des cordes dramatiques et lyriques. Mais on retrouve très vite cette atmosphère oppressante du début dans « Visions » et ses nappes synthétiques mystérieuses qui créent une ambiance quasi onirique dans le morceau, sans oublier le retour incessant et systématique du thème de 6 notes, véritable leitmotiv entêtant. La musique évolue d’ailleurs peu dans un morceau comme « Devil Shadow » pour une scène où Jubei affronte l’un des démons capable de prendre l’apparence d’une ombre. « Devil Shadow » se contente ainsi de reprendre des segments de « Blood Wind » afin d’amplifier la tension du duel contre le sinistre démon. Les instruments japonais sont développés de façon plus intense dans « Pursuit » avec ses cordes dissonantes et inquiétantes - à noter ici la présence d’un thème de clavecin baroque plutôt étonnant, pour un nouveau morceau d’action aux rythmes guerriers martelés, une idée reprise dans l’agité « Strategy » et ses rythmes syncopés à la Stravinsky.

Le motif de 6 notes revient dans le sombre « Reincarnation » et le climax de la bataille finale, « Struggle To The Death », ultime morceau d’action du score de « Ninja Scroll », retranscrivant parfaitement à l’écran l’intensité et la violence du combat - le compositeur va même jusqu’à utiliser des effets avant-gardistes de cordes plus clairement inspirés de la musique occidentale savante des années 50/60. Enfin, le film se conclut sur une chanson bien légère, nostalgique et émouvante, qui permet de respirer, « Somewhere Faraway Everyone is Listening to a Ballad », brillamment interprété par Ryouhei Yamanashi sur des paroles de Shou Jistukawa. Au final, « Ninja Scroll » s’avère être une partition assez difficile d’accès car essentiellement dominée par un style avant-gardiste mélangeant musique atonale savante occidentale et éléments de musique traditionnelle japonaise, dans un cocktail plutôt sombre et détonnant rappelant clairement les travaux plus expérimentaux de Toru Takemitsu. La musique apporte donc une noirceur et une tension indispensable au film de Yoshiaki Kawajiri, retranscrivant parfaitement cet univers violent et pessimiste avec une certaine maestria. Voilà donc un score extrêmement sombre et rythmé, à réserver surtout à ceux qui souhaiteraient se replonger dans l’univers du film !



---Quentin Billard