1-Dry Your Tears, Afrika 4.18*
2-Sierra Leone, 1839, and
The Capture of Cinque 3.39*
3-Crossing the Atlantic 3.21*
4-Cinque's Theme 4.12
5-Cinque's Memories of Home 2.35
6-Middle Passage 5.18
7-The Long Road to Justice 3.16
8-July 4, 1839 4.01
9-Mr Adams Takes the Case 7.15
10-La Amistad Remembered 5.08
11-The Liberation of Lomboko 4.09
12-Adams' Summation 2.55
13-Going Home 2.02*
14-Dry Your Tears, Afrika
(Reprise) 3.37*

*Mezzo soprano : Pamela Dillard.

Musique  composée par:

John Williams

Editeur:

DreamWorks DRMD 50035

Album produit par:
John Williams
Montage musique:
Ken Wannberg
Paroles de "Dry Your Tears, Afrika"
inspirées du poème de:
Bernard Dadié

Artwork and pictures (c) 1997 DreamWorks SKG. All rights reserved.

Note: ****
AMISTAD
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by John Williams
Poursuivant son cycle de la maturité avec des films plus dramatiques et réalistes, Steven Spielberg nous offrait en 1997 l’excellent « Amistad », drame historique inspiré d’événements survenus au 19ème siècle. Le film débute durant l’été 1839, alors que le navire espagnol « La Amistad » traverse les océans, avec à son bord 53 esclaves africains venu de Sierra Leone, et enfermés dans la cale du bateau. Le navire est alors pris dans une violente tempête au large de Cuba. C’est alors que les prisonniers réussissent à se libérer de leurs chaînes, s’arment et se vengent alors de leurs bourreaux en reprenant le contrôle du navire. Cinque (Djimon Hounsou), leader du groupe d’esclaves, oblige alors le capitaine de La Amistad à les ramener en Afrique, mais ce dernier ruse et profite de l’ignorance de Cinque pour naviguer vers l’Amérique. A leur arrivée, Cinque et ses compagnons sont conduits aux Etats-Unis où ils seront jugés pour meurtre et piraterie, avant d’être jetés en prison. Les armateurs de La Amistad décident alors de déposer un recours en justice afin de récupérer leur « cargaison ». C’est alors qu’intervient un avocat de la ville, Roger S. Baldwin (Matthew McConaughey), qui demande à ce que soit reconnu le statut de réfugiés pour les esclaves africains, et refuse que ces hommes soient traités comme des marchandises. Ce sera le début d’un long procès symbole d’une Amérique divisée, qui remettra en cause les fondements même du système judicaire américain et rappellera à tous que la liberté est un droit fondamental et inaltérable, à une époque où les tensions entre le Nord et le Sud des Etats-Unis deviennent de plus en plus palpables.

Premier long-métrage de Steven Spielberg à être produit par DreamWorks SKG, le studio du réalisateur fraîchement crée en 1997, « Amistad » est un plaidoyer vibrant contre l’esclavage des noirs aux Etats-Unis et un hymne à la liberté. Le film allie un certain discours pédagogique et un sens du spectacle cher au cinéaste américain, sans atteindre pour autant l’intensité dramatique et visuel d’un « Schindler’s List » ou d’un « Empire of the Sun » (quoique la séquence du flashback dans la cale du navire est particulièrement dure et bouleversante !). « Amistad » est un film honnête et émouvant, qui se perd néanmoins dans un discours judiciaire quelque peu alambiqué, avec d’interminables séquences de tribunal qui plombent un peu le rythme du récit. Les 16 premières minutes du film sont en revanche exemplaires, avec en tête du casting l’excellent Djimon Hounsou dans l’un de ses meilleurs rôles. A ses côtés, Matthew McConaughey reste plutôt convaincant dans le rôle de l’avocat de Cinque, mais c’est l’immense Anthony Hopkins qui finit par s’imposer vers la fin du film en lui volant carrément la vedette. Le casting réunit aussi quelques pointures telles que Morgan Freeman, Nigel Hawthorne, Anna Paquin, Chiwetel Ejiofor, Stellan Skarsgard, Pete Postlethwaite, David Paymer, Xander Berkeley, etc. Certes, le film est très long (152 minutes) et inégal de bout en bout - la séquence finale dans le tribunal et le discours emphatique d’Anthony Hopkins rappellent à quel point l’Amérique aime se donner bonne conscience avec Hollywood - mais le film reste malgré tout très convaincant malgré ses défauts et son côté très hollywoodien.

« Amistad » marque encore une fois les retrouvailles entre Steven Spielberg et John Williams en 1997, année chargée pour le maestro américain qui signa ainsi les musiques des films « The Lost World », « Rosewood » et « Seven Years in Tibet ». La partition orchestrale de « Amistad » est en adéquation parfaite avec le récit de Spielberg, une musique riche, dramatique, élégiaque et poignante, traversée de moments plus optimistes et solennels. Le compositeur utilise ici l’orchestre symphonique habituel agrémenté d’une chorale et d’un groupe d’instruments/chanteurs africains pour illustrer le personnage de Cinque et de ses compagnons esclaves. Fidèle à son goût pour des thèmes de qualité mémorables, John Williams bâtit l’ensemble de sa partition autour de deux thèmes majeurs : le premier, plutôt mélancolique, plaintif et émouvant, est associé à Cinque dans le film (« Cinque’s Theme »), et le second est entendu dans la deuxième partie du somptueux « Dry Your Tears, Afrika », adapté d’un fameux poème du poète ivoirien Bernard Dadié écrit en 1967. « Dry Your Tears, Afrika » est un hymne vibrant à la paix et à la liberté, confié ici à un choeur d’enfants majestueux sur fond d’orchestre et de percussions africaines. Les orchestrations mélangent donc à la fois la partie orchestrale habituelle - cordes et cuivres mis en avant - et la partie chorale/ethnique, pour une fusion entre deux cultures - américaines et africaines - du plus bel effet. A noter que, par son côté solennel et plein d’espoir, l’hymne de « Dry Your Tears, Afrika » annonce par moment le thème qu’écrira quelques années plus tard John Williams pour le film « The Patriot » (2000), et pourrait aussi faire penser au thème de « Glory » (1989) de James Horner. On pourra toujours reprocher au compositeur d’avoir écrit un thème un peu trop optimiste, solennel et empathique pour la quête de liberté et de justice des esclaves noirs dans le film - il aurait peut être été plus judicieux d’écrire une mélodie plus nuancée rappelant davantage les douleurs du passé - mais qu’importe, le résultat est encore une fois parfait à l’écran, surtout dans la dernière partie du film.

Le « Cinque’s Theme » occupe quand à lui une place majeure dans la partition de « Amistad », un thème mélancolique d’une très grande beauté, que le compositeur nous offre dans une version poignante pour flûte, cordes et harpe dans « Cinque’s Theme ». Ce thème évoque davantage l’idée de la souffrance et des africains arrachés de force à leur terre natale, avec une mélodie plaintive et toute en finesse, que John Williams développe avec un lyrisme profond dans le magnifique « Cinque’s Theme », sans aucun doute l’un des plus beaux morceaux du score de « Amistad ». On appréciera d’ailleurs la toute première apparition de ce thème au début du film, lors des premières secondes de « Dry Your Tears, Afrika ». La mélodie de Cinque et des esclaves est alors interprétée par la voix solitaire de la mezzo soprano Pamela Dillard porteuse d’une certaine mélancolie reflétant les états d’âme des esclaves africains. Dans « Sierra Leone, 1839 and The Capture of Cinque », la musique devient plus sombre et tragique, avec l’utilisation des choeurs, des instruments/percussions ethniques et de l’orchestre. A noter que John Williams a rarement utilisé de cette façon des instruments ethniques dans une musique de film. C’est pourquoi « Amistad » nous offre un très bel aperçu de ce que Williams est aussi capable de faire dans un registre musical plus ethnique. La reprise tragique du thème de Cinque accompagne ici la capture du personnage avec une certaine intensité dramatique saisissante. Les instruments africains restent très présents dans « Crossing The Atlantic », illustrant la séquence dramatique sur La Amistad. Williams mélange ici les différents instruments ethniques (qu’il s’agisse de la flûte ou des percussions) avec une soprano soliste et un choeur saisissant, reprenant le thème de Cinque de façon résolument tragique et poignante - évoquant l’inhumanité avec laquelle les esclaves noirs sont traités sur le navire espagnol - sans aucun doute un autre morceau-clé du score de Williams.

On appréciera les passages aux consonances résolument africaines comme « Cinque’s Memories of Home », tandis que « Middle Passage » impose une atmosphère plus sombre et pesante évoquant la révolte des esclaves au début du film. A noter que John Williams utilise ici brièvement quelques sonorités électroniques sombres afin de retranscrire toute l’intensité et la tension de la scène où Cinque et ses compagnons se libèrent de leurs chaînes, récupèrent des armes et prennent le navire d’assaut. On notera une très belle reprise de l’hymne par les choeurs de « Dry Your Tears, Afrika » à la fin du morceau, symbole d’espoir et de quête pour la liberté. Plus américain d’esprit, « Long Road To Justice » dévoile le troisième grand thème de la partition, introduit par la trompette brillante de Tim Morrison, un thème plus solennel et typiquement américain, dans la lignée d’Aaron Copland, illustrant la partie plus judiciaire et politique du film de Spielberg - dommage cependant que le style rompt un peu avec l’atmosphère plus dramatique et ethnique du reste de la partition de Williams. Comme toujours, on appréciera le classicisme d’écriture du maestro et les qualités de ses orchestrations, ainsi que le goût du compositeur pour certains détails, comme par exemple une réutilisation assez subtile de la phrase mélodique finale de « Dry Your Tears, Afrika » à la fin du morceau. Symbole d’espoir et de quête pour la justice, « The Long Road To Justice » évoque ainsi le combat de Roger S. Baldwin et de l’ex-président John Quincy Adams (Anthony Hopkins) pour que la justice triomphe, une idée reprise dans le très solennel « Mr. Adams Takes the Case », très inspiré ici aussi d’Aaron Copland (on pense aussi par moment au style de « Apollo13 » de James Horner), et qui accompagne le discours final enflammé d’Adams à la fin du film, idée qui aboutit au non moins solennel « Adams Summation », qui reprend une dernière fois le thème de la justice.

La partition de « Amistad » nous propose d’autres passages intéressants comme le sombre et atmosphérique « July 4, 1839 » traversé de quelques dissonances menaçantes et d’une brève utilisation guerrière des choeurs, sans oublier « La Amistad Remembered » qui prolonge cette ambiance plus atmosphérique et pesante avec une certaine intensité. On appréciera aussi la reprise triomphante de l’hymne de « Dry Your Tears, Afrika » dans « Liberation of Lomboko » pour la séquence où le navire britannique détruit la forteresse de Lomboko à la fin du film. Williams en profite ici pour reprendre le thème de la justice avant d’aboutir à une reprise glorieuse de l’hymne par l’orchestre, les choeurs et les percussions ethniques. Enfin, « Going Home » reprend une dernière fois le très beau thème de Cinque dans une version pour voix a cappella, qui reprend le début de l’ouverture et développe le thème pour les voix seules, lorsque Cinque est libéré et peut enfin repartir chez lui. Vous l’aurez donc compris, « Amistad » nous permet de retrouver à nouveau un John Williams très inspiré sur un film de Steven Spielberg, le maestro américain nous offrant une partition riche, émouvante et dramatique qui vaut autant par la qualité de son écriture (alternant entre classicisme symphonique, parties vocales et passages ethniques) que par la richesse de ses thèmes. Si la musique de John Williams possède un peu les mêmes défauts que ceux du film - un côté très hollywoodien et un peu empathique alors que davantage de nuances auraient été plus appropriées - la partition de « Amistad » reste très réussie et apporte une émotion et une intensité dramatique appréciable au film de Spielberg, une très belle partition qui, sans être un sommet de la collaboration entre le compositeur et le cinéaste, n’en demeure pas moins une oeuvre de qualité dans la filmographie de John Williams !



---Quentin Billard