1-The Bad Beginning 3.20
2-Chez Olaf 3.12
3-The Baudelaire Orphans 2.32
4-In Loco Parentis 1.28
5-Resilience 2.30
6-The Reptile Room 1.36
7-An Unpleasant Incident
Involving A Train 4.52
8-Curdled Cave 2.04
9-Puttanesca 2.41
10-Curious Feeling of Falling 1.46
11-Regarding the Incredibly
Deadly Viper 2.34
12-The Marvelous Marriage 0.53
13-Lachrymose Ferry 0.38
14-Concerning Aunt Josephine 2.09
15-VFD 1.11
16-The Wide Window 1.12
17-Cold as Ike 2.45
18-Hurricane Herman 2.19
19-Snaky Message 2.31
20-The Regrettable Episode
Of The Leeches 2.45
21-Interlude With Sailboat 1.05
22-Verisimilitude 2.17
23-Lovely Spring 1.50*
24-A Woeful Wedding 3.22
25-Attack of the
Hook-Handed Man 2.23
26-Taken by Supreeze 2.02
27-One Last Look 1.42
28-The Letter That Never Came 4.14
29-Drive Away (End Title) 5.05

*Paroles et musique de
Thomas Newman et Bill Bernstein.

Musique  composée par:

Thomas Newman

Editeur:

Sony Classical SK 93576

Album produit par:
Thomas Newman, Bill Bernstein
Montage musique:
Bill Bernstein

Artwork and pictures (c) 2004 Paramount Pictures. All rights reserved.

Note: ***
LEMONY SNICKET'S
A SERIES OF UNFORTUNATE EVENTS
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Thomas Newman
« Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events » (Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire) est l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Daniel Handler alias Lemony Snicket, réalisé par Brad Silberling en 2004. Le film évoque les mésaventures de trois jeunes orphelins aux prises avec un oncle diabolique qui est prêt à tout pour les supprimer afin de mettre la main sur un précieux héritage. Après l’incendie tragique qui détruisit entièrement le manoir Baudelaire et entraîna la mort de leurs parents, Violette (Emily Browning), Klaus (Liam Aiken) et Prunille (Shelby et Kara Hoffman) se retrouvèrent orphelins du jour au lendemain. Monsieur Poe (Timothy Spall), le directeur de la banque dans laquelle se trouve l’immense richesse de la famille Baudelaire, se voit chargé de confier les enfants au parent le plus proche des Baudelaire : le comte Olaf (Jim Carrey). Ce dernier est un acteur raté, égoïste, vantard et malhonnête, qui n’aura de cesse de tenter d’éliminer les trois enfants afin de mettre la main sur la fortune des Baudelaire. Tous les moyens seront bons pour y arriver, même les plus perfides. « Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events » est au final une fable ironique et grinçante saupoudrée d’un zest d’humour noir qui ne manque pas de mordant. Bien loin des histoires simplettes qui peuplent la littérature enfantine habituelle, ce « Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events » est une sorte de conte trash essentiellement dominé par la performance incroyable de Jim Carrey, méconnaissable dans la peau du sinistre comte Olaf, sans aucun doute l’un des méchants de cinéma les plus jouissifs de ces 10 dernières années. L’acteur américain en profite aussi pour casser son image de comique en s’imposant dans le rôle d’un méchant absolu, perfide, cynique, égoïste et criminel, prêt à tout pour mettre la main sur la fortune des Baudelaire, même si cela implique d’assassiner trois enfants, ou de simuler un mariage avec la jeune Violette (à peine 14 ans !) devant un juge en vue de récupérer l’héritage. C’est dans ce mélange improbable entre idées trash et mise en scène tout public que le film de Brad Silberling marque définitivement un point. On suit alors avec un intérêt constant les mésaventures et les péripéties des trois orphelins Baudelaire, entre les pièges du comte Olaf et les déguisements du sinistre comploteur débordant de cupidité. Jim Carrey y campe ici une sorte de version maléfique et trash du « Grinch ». Mais ce sont surtout la beauté des décors et la richesse des différentes trouvailles scénaristiques qui rendent ici l’ensemble quasi féérique, malgré un humour noir décalé proche du cinéma de Tim Burton. Entre la poésie des décors, l’univers fantaisiste du film et la malice démoniaque de Jim Carrey, « Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events » contient tous les éléments pour être un classique du genre. Hélas, le long-métrage déçoit quelque peu par sa mise en scène totalement impersonnelle qui, si elle avait été confiée à un vrai cinéaste possédant un vrai point de vue, aurait certainement pu aboutir à quelque chose d’encore plus ambitieux et de bien plus osé, d’autant que le film flirte parfois avec les bons sentiments naïfs habituels des productions familiales de chez DreamWorks.

La partition orchestrale de Thomas Newman contribue à n’en point douter à l’ambiance à la fois ironique, sombre et fantaisiste du film de Brad Silberling. Après une brève introduction imitant de façon humoristique les vieilles chansons naïves des films Disney des années 40/50 dans « The Bag Beginning », la musique devient nettement plus sombre avec des cordes amères, une flûte solitaire et quelques sonorités électroniques/cristallines (incluant une harpe) typiques du compositeur. On retrouve ici l’inventivité habituelle de Thomas Newman, et son goût pour les jeux de couleurs instrumentales et les sonorités étranges. Dans « Chez Olaf », la musique bascule même dans un certain humour noir grinçant pour la scène où les orphelins arrivent chez le comte Olaf. Newman joue ici sur un certain décalage humoristique rafraîchissant, avec ses pizzicati sautillants, ses bois furtifs (tendance mickey-mousing), son marimba et ses sonorités électroniques étranges. Le compositeur personnifie donc clairement le personnage de Jim Carrey avec une certaine inventivité et un ton un peu farfelu, typique du style habituel de Thomas Newman. La musique reflète donc à son tour la fantaisie du film, avec un jeu sur des sonorités parfois très étranges et un peu décalées, notamment dans la façon dont le compositeur détourne le son des instruments, comme lorsqu’il utilise des grattements de cordes du violon, à peine effleurées par l’achet pour créer un son un peu étrange et indistinct. A contrario, la musique devient plus intime et sombre lorsqu’elle évoque le destin dramatique des orphelins dans « The Baudelaire Orphans » avec ses accords de piano en suspension, ses nappes synthétiques sombres et sa mélodie nostalgique et enfantine de boîte à musique (rappelant l’idée tragique de la mort des parents Baudelaire) : un très beau morceau calme et lent, emprunt d’une certaine mélancolie et d’une poésie typique du compositeur.

Dans « Loco Parents », Thomas Newman reste fidèle à son goût pour des musiques fantaisistes et minimalistes en utilisant des pizzicati de cordes, des guitares, des percussions diverses et des sonorités synthétiques mélangées adroitement aux instruments acoustiques. La musique représente parfaitement le mélange entre la fantaisie, l’humour noir du film et le côté plus magique et quasi féerique de certains passages de l’histoire. Un morceau comme « Resilience » reprend un style intimiste et contemplatif typique de Thomas Newman, une très belle mélodie pour piano et cordes emprunte d’une nostalgie certaine qui rappelle par moment certains passages du travail du compositeur sur la musique de « The Road To Perdition » (2002). Dans « The Reptile Room », Thomas Newman évoque de façon adéquate la scène dans la pièce aux reptiles de l’oncle Monty (Billy Connolly) avec un mélange de staccatos de cordes synthétiques, d’instruments à bois, de guitares et de percussions exotiques diverses. On nage donc ici en plein terrain connu, la musique reprenant ainsi les sonorités habituelles que l’on retrouve très souvent dans les scores un peu fantaisistes et inventifs du compositeur. La musique évolue alors de façon plus radicale dans « An Unpleasant Incident Involving A Train », pour la séquence où les enfants échappent de près à un accident de train. Newman fait monter ici la tension, en apportant quelques dissonances plus menaçantes à sa musique, partagé entre des effets de cordes/guitares en tout genre et d’éléments électroniques plus inventifs. C’est d’ailleurs cette inventivité rafraîchissante qui est au coeur même de la partition de « Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events ».

On appréciera par exemple l’humour de « Puttanesca » et son utilisation très fantaisiste des différents instruments - avec toujours ces pizzicati à la limite du mickey-mousing - un morceau qui propose un travail assez riche autour des différentes couleurs instrumentales (pizz, castagnettes, effets de guitare, banjo, synthétiseurs, clarinette, toms, etc.). Certes, le compositeur n’évite pas ici le piège facile du mickey-mousing, mais sa musique sait se montrer suffisamment inventive et pleine d’idées pour pouvoir éviter de sombrer dans une musique de dessin animé facile à la John Debney ! « Regarding The Incredibly Deadly Viper » tente d’apporter un peu plus d’entrain à la musique, alors que « The Marvelous Marriage » pastiche quand à lui les musiques de cirque et de parade avec une mélodie rapide d’accordéon sur fond de percussions et de tuba, pour la scène des préparatifs du mariage vers la fin du film : Thomas Newman n’oublie pas ainsi la dimension humoristique du film (cf. la caricaturale et sautillante chansonnette naïve à la Disney de « Lovely Spring »). On retrouve le thème de harpe des orphelins Baudelaire dans « Lachrymose Ferry », alors que des pièces comme « Concerning Aunt Josephine » ou « Snaky Message » prolongent le travail du musicien sur son jeu inventif de couleurs instrumentales. A noter quelques excellents passages d’action plus conventionnels dans « Hurricane Herman » qui reprend le thème de harpe des orphelins Baudelaire, avec quelques passages plus massifs et déchaînés qui rappellent parfois les morceaux d’action plus percussifs du score de « Finding Nemo » (2003). La tension monte alors d’un cran pour « A Woeful Wedding », alors que la musique semble suggérer que tout est perdu pour les orphelins Baudelaire, tandis que l’action revient en grande force dans « Attack Of The Hook-Handed Man » et l’héroïque « Taken by Supreeze ». L’aventure touche à sa fin dans le paisible et touchant « The Letter That Never Came », apportant une sensation de paix émouvante à la fin du film, le compositeur se faisant plaisir en nous offrant un dernier morceau d’inventivité pur dans « Drive Away (End Title) », teinté de guitares diverses, de sonorités électroniques, de flûte exotique et de rythmes en tout genre.

Vous l’aurez certainement compris, « Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events » est une oeuvre absolument typique de Thomas Newman, une partition fantaisiste débordant d’idées et de détails, dans laquelle le compositeur retranscrit parfaitement à l’écran toute la dimension humoristique, sombre, décalée et poétique du film de Brad Silberling. Dommage cependant que le compositeur semble recycler ici la plupart de ses formules musicales/instrumentales habituelles (notamment dans l’utilisation des pizzicati, des guitares ou de l’électronique) : on a parfois l’impression d’entendre un Thomas Newman généreux mais un peu en mode automatique - on se plairait même à s'imaginer ce qu'aurait pu faire Danny Elfman sur un film pareil. Quoiqu’il en soit, sa nouvelle partition orchestrale pour « Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events » apporte un charme certain au long-métrage délirant de Brad Silberling, une partition assez inventive et originale, à réserver surtout aux inconditionnels de Thomas Newman !



---Quentin Billard