1-Après la pluie 3.36*
2-Le Réveil de la forêt 2.06**
3-Au sommet d'une montagne 1.25**
4-La Chambre 1.12***
5-Le Printemps 1.33**
6-La marche des petits renards 1.41**
7-L'échelle 1.45***
8-La Chambre 2 1.34+
9-La comptine patte à pattes 1.24++
10-La berceuse des lucioles 1.18+++
11-De nouveau ensemble 1.39**
12-Nuit nuptiale 2.47***
13-La mort du renard 2.28***
14-La dernière rencontre 2.26#
15-Ouverture 1.52##
16-Parade Amoureuse 2.56##
17-Un nouveau jour 1.11##
18-Les grenouilles 1.21##
19-Le Lynx 2.24##
20-Imaginaire et retrouvailles 2.29##
21-Les solutions 3.15##
22-La flûte de frêne 1.38##
23-Windy Whistle 3.37###

*Interprété par Alice Lewis
Ecrit par Alice Lewis et Olivier Forest
Arrangement orchestre de
Ronan Maillard et Hervé Jamet
**Ecrit par Evgueni Galperine
***Ecrit par Alice Lewis
+Ecrit par Alice Lewis
Arrangé par Alice Lewis
et Hervé Jamet
++Interprété par Bertille Noël-Bruneau
Choeur, flûte et
harpe russe de Alice Lewis
Ecrit par Luc Jacquet et
Valérie Vivancos
Musique d'Alice Lewis
+++Interprété par Mariana Tootsi
Ecrit par Evgueni Galperine
#Ecrit par Evgueni Galperine
Arrangé par Vsevolod Polonsky
##Ecrit par David Reyes
###Interprété par Alice Lewis
Ecrit par Alice Lewis
Arrangement orchestre de
Ronan Maillard et Hervé Jamet.

Musique  composée par:

Evgueni Galperine/
Alice Lewis/David Reyes

Editeur:

Bonne Piohce Music/V2 Music VVR1050072

Musique produite par:
Evgueni Galperine, Alice Lewis
& David Reyes

(c) 2007 Bonne Pioche/France 3 Cinéma. All rights reserved.

Note: ***1/2
LE RENARD ET L'ENFANT
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Evgueni Galperine/
Alice Lewis/David Reyes
Après le succès colossal de « La Marche de l’Empereur », le réalisateur Luc Jacquet revint en 2007 avec son nouveau long-métrage « Le Renard et l’Enfant », un conte émouvant évoquant l’amitié improbable entre une jeune fillette et un renard suite à une rencontre en pleine forêt durant un matin d’automne. Fascinée par le renard, la jeune fille oubliera sa peur et va suivre l’animal à la découverte de la nature et des habitants de la forêt, une nature à la fois mystérieuse, belle et sauvage, étonnante, émouvante mais aussi pleine de danger. Pour la jeune fille, cette expérience changera sa vie à tout jamais et sa perception de la nature qui nous entoure, et avec laquelle nous devons plus que jamais apprendre à vivre en harmonie. « Le Renard et l’Enfant » est un pur moment de grâce et de poésie dans lequel Luc Jacquet renoue avec l’intelligence et le beauté visuelle de « La Marche de l’Empereur ». Les images de la forêt sont tout simplement magnifiques, filmées avec délicatesse mais sans grandiloquence. Inspiré par une expérience personnelle, le réalisateur nous incite ainsi à partager les émotions et l’émerveillement de cette plongée dans la nature vue à travers les yeux innocents d’une enfant. Le rythme lent et la mise en scène épurée et réaliste du film autorise le cinéaste à se rapprocher de l’esthétique du documentaire, bien que « Le Renard et l’Enfant » ne soit pas véritablement un documentaire animalier comme l’était « La Marche de l’Empereur ». Si la véritable star du film est bien évidemment le renard, il ne faut pas oublier la prestation remarquable de la petite Bertille Noël-Bruneau, fillette mystérieuse et peu bavarde dans le film, tandis que l’histoire est racontée par Isabelle Carré, qui interprète l’héroïne devenue adulte. Au final, « Le Renard et l’Enfant » s’adresse autant aux petits qu’aux grands et nous offre des paysages magnifiques pour une grande bouffée d’air pur, un moment de poésie pure pour rêver et s’évader dans la nature.

La partition musicale de « Le Renard et l’Enfant » est née d’une triple collaboration entre trois musiciens venus d’horizons divers : Evgueni Galperine, Alice Lewis et le jeune compositeur belge de 26 ans David Reyes. Enregistrée à Sofia avec un orchestre symphonique de 80 musiciens et une chorale de 20 enfants, la partition de « Le Renard et l’Enfant » est très présente tout au long du film, soulignant le rythme et la poésie des images en évoquant non seulement le point de vue de l’enfant, mais aussi celui du renard. La musique évoque aussi l’émerveillement naïf de l’enfance, mais sans jamais tomber pour autant dans la musique enfantine qu’on entend trop souvent dans les comédies ou les films animés. Pour concrétiser ce travail de collaboration, les musiciens ont travaillé en étroite collaboration pour aboutir à un résultat musical homogène à l’écran et parfaitement cohérent de bout en bout : Alice Lewis et Evgueni Galperine ont livré chacun une partie du score en mélangeant instrumentation fantaisiste, diverse et colorée dans un style qui rappelle Joe Hisaishi et les musiques des films de Miyazaki, tandis que David Reyes est intervenu sur la fin du projet pour apporter une couleur plus orchestrale et quasi hollywoodienne à la partition du film de Luc Jacquet, les producteurs ayant ainsi souhaiter une tonalité plus américaine dans la musique du film. Par la suite, la difficulté consista à sélectionner les morceaux de chacun pour obtenir la bonne direction musicale à l’écran – ce qui explique que les trois compositeurs ont dû écrire pas mal de musique non retenue pour le film – Au final, ce sont surtout les morceaux de David Reyes qui ont été retenus, cohabitant avec une sélection de morceaux d’Alice Lewis et Evgueni Galperine. Sur l’album, la musique représente le travail des trois compositeurs en privilégiant, de la piste 1 à 14, les compositions de Galperine et Lewis, tandis que les pistes 15 à 22 sont surtout consacrées au travail de David Reyes. L’Ouverture dévoile le thème de la partition associée dans le film à l’amitié entre la jeune fille et l’enfant. Les cordes s’élèvent sur fond de glockenspiel cristallin et de bois sautillants pour évoquer l’éveil de la nature, tandis que le thème principal est entendu à la fin du morceau sur une flûte à bec en bois, une mélodie simple et innocente qui deviendra une sorte de refrain associé à l’enfant, et que la fillette joue elle-même dans le film. « Parade amoureuse » prolonge l’ambiance douce et émerveillée de l’Ouverture en introduisant quelques sonorités percussives et chorales plus présentes. La musique joue sur une certaine retenue assez touchante à l’écran et très caractéristique de la bande originale de « Le Renard et l’Enfant ». La musique devient aussi plus enjouée et énergique dans « Un nouveau jour », où la musique de Reyes évoque l’enthousiasme innocent et naïf de l’enfant à la découverte de la nature et du renard. Le morceau développe ici un thème sautillant pour xylophone/flûte et cordes plutôt simple et réussi.

Dans « Les Grenouilles », le compositeur s’essaie même au mickey-mousing traditionnel avec son lot de basson sautillant sur fond de petites percussions boisées, de tambourin et de piano. Inversement, « Le Lynx » paraît plus massif et inquiétant pour la scène de la poursuite entre le lynx et le renard, morceau qui rythme brillamment cette poursuite à la manière d’un grand morceau d’action hollywoodien sur fond de samples de percussions, de synthétiseurs et de rythmes tribaux : dommage cependant que le style action synthé de « Le Lynx » tranche un peu trop radicalement avec le reste du score. Le carillon cristallin de l’Ouverture revient quand à lui dans « Imaginaire et retrouvailles », apportant une poésie enfantine douce et remarquable à la partition du film, tandis que le thème de flûte de l’enfant revient vers le milieu du morceau, lors des retrouvailles entre l’enfant et le renard à la fin du film. On appréciera ici l’énergie joviale et fantaisiste de « Les Solutions », qui se rapproche encore une fois du style des musiques de cartoon aux accents mickey-mousing enjoués et plutôt réussis. Quand au travail d’Evgueni Galperine et Alice Lewis, il est plus présent dans les premières pistes de l’album, avec, pour commencer, des expérimentations sonores intéressantes de la part de Galperine, qui mélange par exemple des sons de la forêt, des bruitages, une flûte et des voix lointaines dans « Le réveil de la forêt », évoquant de manière impressionnante la nature avec les fredonnements d’une enfant et le choeur d’enfants lointain et mystérieux. On ressent clairement les influences de Joe Hisaishi dans « Au sommet d’une montagne », que ce soit dans l’écriture de la mélodie ou les orchestrations plus fantaisistes. Alice Lewis nous offre une jolie berceuse pour célesta et harpe russe dans « La Chambre », évoquant le monde de l’enfance avec une douceur et une pudeur évidente – on notera la qualité et le soin apporté ici aux harmonies. On remarquera très vite que ce sont les compositions de Galperine qui impressionnent le plus dans « Le Renard et l’Enfant », notamment grâce à une écriture parfois plus fluide, plus dense et maîtrisée : les élans symphoniques impressionnistes de « Le Printemps » cohabitent parfaitement avec l’inventivité de « La marche des petits renards » dans le film, un pur moment de poésie qui ne tombe jamais dans le naïf ou la musique enfantine simplette : les choeurs d’enfants de « La marche des petits renards » rappellent ici Joe Hisaishi, avec des harmonies assez riches et des orchestrations très colorées et élaborées – on n’est guère loin par moment de la fantaisie féerique de « L’Enfant et les Sortilèges » de Maurice Ravel. Même la composition, plus sobre d’Alice Lewis dans « L’échelle », paraît moins impressionnante par rapport aux morceaux d’Evgueni Galperine. Impossible aussi de ne pas apprécier à l’écran la tendresse de « La berceuse des lucioles » interprétée par Mariana Tootsi, ou l’optimisme rafraîchissant de l’envolée orchestrale de « De nouveau ensemble ».

Alice Lewis nous offre l’un de ses meilleurs morceaux dans l’onirique et tendre « Nuit Nuptiale », avec son utilisation réussie de sonorités synthétiques/cristallines évoquant un univers de rêve associé aux songes merveilleux de l’enfant : ici aussi, Lewis privilégie une grande sobriété et une extrême pudeur dans le choix de ses sons. Même chose pour le poignant « La mort du renard », qui évite le piège du mélodrame en privilégiant une retenue émouvante des cordes ponctuées de notes brèves de célesta, harpe et piano. Dans « La dernière rencontre », Galperine nous propose son dernier morceau pour ce qui reste un pur moment d’émotion et d’émerveillement, un morceau toujours aussi dense et étonnamment mélancolique, notamment dans l’utilisation du piano, du cor et des cordes à la fin du morceau. La musique reste parfaitement cohérente sur l’ensemble des trois axes musicaux de la partition, Galperine, Lewis et Reyes utilisant une instrumentation similaire pour homogénéiser leurs trois compositions et conserver une esthétique similaire d’un bout à l’autre du film. La partition de « Le Renard et l’Enfant » reste donc une jolie réussite pour ces trois musiciens, qui signent une musique sobre, poétique et touchante, à l’image du très beau film de Luc Jacquet, une musique dans laquelle on appréciera la sobriété d’Alice Lewis, les envolées symphoniques assumées de David Reyes et la densité orchestrale impressionnante d’Evgueni Galperine (qui signe au final les meilleurs morceaux de la partition), du très beau travail qui prouve à quel point le cinéma français a besoin plus que jamais de jeunes talents capables de rompre avec la monotonie hollywoodienne ambiante pour proposer des choses neuves, plus fraîches et passionnantes.




---Quentin Billard