1-Main Title 2.52
2-Mr. Ireland 2.22
3-Barneys 2.37
4-Doug Goes Home 1.06
5-Ticket Exchange 1.15
6-I Owe You One 1.21
7-Fat Belly Dancer 0.45
8-Wochenend Und
Sonnenschein 1.15*
9-The Doug 4.41
10-Chopper to the Hamptons 2.16
11-Done Deal 7.09
12-For Love or Money 4.04
13-"In Your Eyes" 3.05**
14-"Your Love Has Lifted
Me Higher and Higher 3.07***

*Interprété par
Milton Ager et Jack Yellen
**Interprété par Bobby Short
Ecrit par Marc Shaiman
et Ramsey McLean
***Interprété par Jimmy Barnes
Ecrit par Carl Smith,
Gary Jackson, Raynard Miner.

Musique  composée par:

Bruce Broughton

Editeur:

Big Screen Records 9 24515-2

Produit par:
Bruce Broughton
Producteurs exécutifs de l'album:
Brian Grazer, David Friendly
Direction de la musique pour
Universal Pictures:
Burt Berman
Mixage score:
Armin Steiner
Montage musique:
Patricia Carlin, for Triad Music
Orchestrations:
Donald Nemitz
Préparation musique:
Julian Bratolyubov
Supervision musique:
Alex Steyermark
Supervision musique pour
Imagine Films Entertainment:
Jane Luttenberger
Coordination album:
Nan Sexton

Artwork and pictures (c) 1993 Universal City Studios, Inc. All rights reserved.

Note: ***1/2
FOR LOVE OR MONEY
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Bruce Broughton
La même année qu’il réalisa « Addams Family Values », le réalisateur Barry Sonnenfeld tourna « For Love or Money » (Le Concierge de Bradbury), modeste comédie romantique mettant en scène Michael J. Fox et Gabrielle Anwar sortie en 1993. Le film relate l’histoire de Doug Ireland (Michael J. Fox), jeune concierge du Bradbury, un luxueux hôtel situé en plein coeur de New York. Doug se distingue par son travail irréprochable et ses nombreuses attentions qu’il porte à ses clients privilégiés comme Harry Wegman (Michael Tucker), à qui il rend de multiples services. Mais son rêve ultime, c’est de construire son propre hôtel sur Roosevelt Island, un rêve pour lequel il économise depuis très longtemps et a même acheté un terrain avec des idées d’aménagement. Mais il ne lui reste plus que quelques semaines pour concrétiser son projet et il lui manque encore 3 millions de dollars qu’il doit obtenir dans l’immédiat. Doug croise alors la route du multimilliardaire Christian Hanover (Anthony Higgins), qui représente son unique chance d’atteindre son objectif. Christian se propose alors d’aider Doug en échange d’un service : prendre soin de sa maîtresse, Andy Hart (Gabrielle Anwar), une jolie vendeuse de parfum dont les charmes ne laisseront pas indifférent Doug. Mais pour le jeune concierge, le temps qu’il passe auprès d’Andy est aussi l’occasion de protéger ses intérêts avec Christian. Mais plus le temps passe, et plus le coeur de Doug balance entre son projet immobilier avec Christian et ses sentiments pour la jolie Andy, qui, elle, commence à se sentir de plus en plus proche du jeune concierge de Bradbury, et ce malgré sa relation avec Christian. Dès lors, chacun sera amené à faire des choix et à décider de ce qui est le mieux pour sa vie. « For Love or Money » est donc une énième comédie romantique comme on en voit régulièrement à Hollywood, sans grande originalité, mais qui se distingue essentiellement par une excellente alchimie entre les deux acteurs – Michael J. Fox et Gabrielle Anwar – et l’humour irrésistible du film, assez typique de Barry Sonnenfeld. Si le film met beaucoup trop de temps à démarrer, et hésite trop longtemps entre la comédie américaine pure et la romance 80’s façon Nora Ephron, on ne résistera pas à quelques gags de circonstance bien trouvées comme la séquence de la fête organisée par Christian, où une série de quiproquos déclenchent des situations incontrôlables et totalement loufoques, la fête basculant alors dans le chaos total (sans aucun doute la scène la plus drôle du film !). La romance entre Doug et Andy apparaît alors trop tardivement et reste timidement développée, même pour le final bâclé et expédié à la va-vite. C’est d’autant plus dommage que le film s’avère être assez sympathique et attachant, bien qu’il reste un échec commercial important au box-office 1993.

Bruce Broughton signe à son tour une partition orchestrale fort attachante pour « For Love or Money ». Bien que le film reste un effort peu connu et plutôt mineur dans la filmographie du compositeur américain, « For Love or Money » possède bien des atouts qui le rendent éminemment sympathique et appréciable, autant dans le film que sur l’album. Fidèle à son habitude, Bruce Broughton livre une composition très soignée, classique et élégante, avec un thème principal mémorable – point fort habituel du compositeur – et un orchestre symphonique accompagné d’un ensemble instrumental jazzy incluant le saxophone alto de Dave Boruff, le trombone de Bill Broughton (tromboniste américain célèbre et occasionnellement frère de Bruce Broughton), une section rythmique jazz (basse, batterie, piano) sans oublier les traditionnels synthétiseurs typiques de la période 80/90. Le score repose donc sur un thème principal de grande qualité introduit dès le « Main Title », mélodie romantique savoureuse et distinguée dominée par un saxophone langoureux à la manière d’un slow jazzy, sur fond de cordes luxuriantes, clavier et basse, un très beau thème que les auditeurs/spectateurs humeront durant une bonne partie du film à coup sûr (comme souvent chez Broughton !). Il se pourrait bien que le compositeur ait écrit l’un de ses plus beaux thèmes romantiques pour le film de Barry Sonnenfeld, un thème qui reste l’attraction majeure de la musique de « For Love or Money ». Il serait néanmoins injuste de ne limiter le travail de Broughton qu’à ce très beau thème qui illustre dans le film la romance entre Doug et Andy, car le reste de la partition possède bien des atouts qui ne demandent qu’à être découverts et appréciés à leur juste valeur. Dans « Mr. Ireland », le compositeur évoque le quotidien de Doug au Bradbury avec une alternance entre le thème principal sur fond de batterie pop et de clavier kitsch et d’orchestrations sautillantes façon comédie d’aventure. Les orchestrations sont d’ailleurs ici généreuses, la musique respirant une certaine joie de vivre et une exubérance que l’on retrouve souvent dans les musiques comédie de Bruce Broughton, sans oublier un très beau solo de guitare sèche et de clavier vers la fin du morceau : une vraie réussite, qui s’apprécie autant dans le film qu’en écoute isolée !

Avec un ton rafraîchissant et un entrain constant, la musique de « For Love or Money » apporte l’énergie nécessaire au film de Barry Sonnenfeld et rend attachant cette romance naissante entre Doug et Andy tout en évoquant les péripéties du duo en mélangeant les styles avec brio. C’est pourquoi, après les touches classiques/jazzy du début, Broughton s’essaie à quelques rythmes funky/groovy, jazz et latino dans l’excellent « Barneys », qui évoque par ailleurs le mélange des cultures si typique de l’atmosphère new-yorkaise dans laquelle se déroule l’histoire du film. Broughton en profite pour rappeler qu’il n’est pas qu’un grand symphoniste mais qu’il reste un compositeur touche-à-tout avec plus d’une corde à son arc ! A noter ici aussi l’importance du saxophone soliste, grande vedette de la musique de Broughton. Le Love Theme est ensuite repris avec tendresse et nostalgie dans « Doug Goes Home », reflétant les sentiments naissants du jeune concierge pour la belle Andy, tandis que « Ticket Exchange » renoue avec un style jazz rétro savoureux, à base de rythmes be-bop/swing rapides et d’une instrumentation étoffée incluant quelques bois et des synthétiseurs. On décèle par-ci par-là de vagues touches mickey-mousing typiques des musiques de comédie habituelles, mais Bruce Broughton a la bonne idée de limiter ces ponctuations sautillantes au profit d’ambiances plus généreuses et posées comme le slow jazzy délicat de « I Owe You One » ou la reprise du thème sur fond de petites percussions trépidantes (« Fat Belly Dancer »), un morceau dans lequel Broughton semble s’être bien amusé. Après le tendre et romantique « The Doug », « Chopper to the Hamptons » introduit la deuxième partie du film, plus vivante et énergique, avec un orchestre dynamique qui rappelle ici les musiques d’aventure de Broughton chez Disney. Dommage que la seconde partie de « Chopper to the Hamptons » tombe dans le mickey-mousing amusant mais plus ordinaire et fonctionnel.

Les 7 minutes 10 de « Done Deal » accompagnent alors la séquence finale dans une multitude de développements du thème principal, de passages orchestraux plus agités et rythmés, et même d’envolées cuivrées aventureuses (vers 2:23) lorsque Doug se lance à la poursuite d’Andy sur l’autoroute vers la fin du film, Broughton citant brièvement sa musique pour « Silverado » à 2:51 lors d’une envolée americana/western façon Aaron Copland, typique du compositeur américain. Le compositeur se fait plaisir et cela s’entend, car ce plaisir, il le transmet à son tour à l’auditoire. Difficile de ne pas se sentir entraîné par la fougue et l’énergie communicative des longues minutes de « Done Deal » qui parvient à ne jamais laisser tout le long de ces 7 minutes vitaminées dans le film comme sur l’album. Evidemment, on oubliera pas le grand final romantique de « Done Deal » et de « For Love or Money », où l’amour triomphe enfin de toutes les épreuves, l’inévitable happy end accompagné d’une batterie pop et de rythmes jazzy très réussis. Concernant l’album, il propose quand à lui les meilleurs passages du score de Bruce Broughton, hormis un morceau un brin plus sombre et ironique façon musique de thriller – absent de l’album - durant une scène où Doug craint d’être agressé par des clients mafieux au look inquiétant. Au final, « For Love or Money » est donc une partition comédie très attachante et distrayante, écrite avec un plaisir évident et un optimisme à toute épreuve. La musique s’écoute aussi bien dans le film que sur l’album, avec un thème principal mémorable typique de Bruce Broughton, et une instrumentation riche et variée. Tombée dans l’oubli en même temps que le film de Barry Sonnenfeld, la musique de « For Love or Money » fait pourtant partie de ces petites pépites peu connues du compositeur qui gagneraient à être redécouvertes et réévaluées pour de bon, car si cette BO fait assurément partie des efforts mineurs de Broughton, cela n’en demeure pas moins un score de grande qualité qui séduira autant les fans du compositeur que les autres !





---Quentin Billard