1-Poltergeist Opening 1.39
2-They're Here 2.02
3-Angry Spirits 1.37
4-Electronics Awakening 1.45
5-They're Not Pretend, Mommy 1.24
6-The Storm is Coming 1.17
7-Clown Attack 2.43
8-Into The Closet 2.06
9-Maddy Is On TV 3.18
10-You Have To Get
My Sister Back 1.21
11-A Poltergeist Intrusion 2.16
12-Home Improvements 3.31
13-Somebody Is With Her 1.47
14-Take A Peek 2.12
15-I Feel A Little Braver 0.56
16-Into The Portal 2.06
17-The Other Side 2.46
18-Reunited 1.26
19-Let Her Go 4.32
20-Home Free 2.57

Musique  composée par:

Marc Streitenfeld

Editeur:

Sony Classical 88875082832

Score produit par:
Marc Streitenfeld
Préparation musique:
Dave Foster
Programmation musique:
Alex Nye
Assistant compositeur:
Theresa Patton
Monteurs musique:
Ellen Segal, Del Spiva
Assistant orchestrateur:
Sam Thompson
Orchestrateur:
Ben Foster
Programmation additionnelle synthé:
Marcus Savino

Artwork and pictures (c) 2015 20th Century Fox Film Corp. All rights reserved.

Note: **1/2
POLTERGEIST
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Marc Streitenfeld
Avec les reboots et les remakes qui pleuvent à profusion à Hollywood depuis de nombreuses années, difficile de savoir où donner de la tête, la tendance du moment étant aux reboots (ou suite) de classiques du cinéma des années 80. « Ghostbusters », « Indiana Jones », « Predator », « Friday the 13 th », « Point Break », « Robocop », tout semble propice de nos jours à faire du neuf avec du vieux ! Il paraissait donc évident que « Poltergeist » passe aussi par la case reboot, le film étant connu comme l’un des grands classiques du cinéma fantastique/épouvante du début des années 80. Réalisé en 1982 par Tobe Hooper et Steven Spielberg, « Poltergeist » était l’un des piliers du ghost movie, probablement l’un des films les plus impressionnants jamais conçu sur le thème des maisons hantées. Il faudra finalement attendre 2015 pour qu’un reboot voit le jour sous la direction de Gil Kenan, qui s’y connaît en maison diabolique (on lui doit le film d’animation « Monster House »). « Poltergeist » reprend ainsi les grandes lignes du film de 82 : on y suit les péripéties des Bowen, une famille modeste qui vient tout juste de s’installer dans leur nouvelle demeure malgré leur situation financière critique. A l’inverse du film d’origine, les Bowen ne sont pas issus d’un milieu aisé mais font plutôt partie de la classe moyenne (époque oblige !), et se retrouvent obligés de faire des compromis pour gérer leurs économies fragiles (le mari est au chômage et cherche un emploi pour financer l’écriture des romans de sa femme). Mais que l’on ne s’y trompe pas, tout cela n’est qu’un prétexte à une relecture du film de 1982. A leur arrivée dans la maison, les enfants Madison (Kennedi Clements) et son frère Griffin (Kyle Catlett) sont témoin d’événements étranges dans la maison : des objets qui se déplacent tout seul, de l’électricité statique, des apparitions inattendues, etc. Très vite, des esprits frappeurs se manifestent dans la maison et décident de s’en prendre aux Bowen en capturant la petite Madison, qui se retrouve alors prisonnière du monde des esprits, derrière l’écran de télévision où elle leur parlait régulièrement. Totalement dépassés par la situation, les Bowen décident alors de faire appel à Carrigan Burke (Jared Harris), spécialiste du paranormal et animateur d’une émission TV à succès sur les maisons hantées. Avec son équipe, Carrigan va aider les Bowen à livrer un combat sans merci contre les esprits maléfiques qui hantent la maison et secourir la petite Madison piégée dans le monde des poltergeists.

Le scénario reste donc similaire au film de 1982, à la différence qu’en plus d’un contenu modernisé, le film de Gil Kenan s’essouffle considérablement, faute d’enjeux scénaristiques vraiment forts. Le film d’origine avait su jongler entre différents éléments avec brio, sans oublier l’aspect magique/fantastique insufflé par Spielberg au cours de certaines séquences grandement mémorables. Pour la mouture 2015, oubliez la magie et les frissons, place à une déferlante d’effets numériques 3D impressionnants, certes, mais totalement vides et lisses. Pire encore, la scène où le père de famille (Sam Rockwell) parcours le monde des esprits pour sauver la petite Madison est juste raté : en plus de la déferlante inutile de technologie des années 2000 pour remettre le film au goût du jour (écran plasma HD, téléphone portable, tablette, drone téléguidé, etc.), le film sans noie dans des effets visuels saoulant qui n’apportent rien de plus à l’histoire et tente de rentabiliser une 3D inutile et dénué de la moindre tension, du moindre frisson, un comble pour ce classique de l’épouvante U.S. ! Niveau casting, Sam Rockwell n’en mène pas large et Saxon Sharbino campe l’ado américaine clichée et rebelle collée à son téléphone et ses écouteurs, peu concernée par les événements du film, sans oublier le jeune garçon qui voit et ressent des choses, mais qu’on ne croit jamais du fait de son jeune âge et son imagination débordante (cliché vu 10000 fois dans ce type de film !). Complètement lisse et paresseux, le film de Gil Kenan tente de reproduire les grandes scènes du film d’origine (le clown dans la chambre de l’enfant, l’arbre qui défonce la fenêtre, le sauvetage de la petite fille) et surfe sur la vague des films à effets numériques 3D des années 2000 et évacue toute la substance horrifique du long-métrage de 82 au profit d’un flot incessant d’images artificielles et d’une vision de la famille moderne sociale et parfaitement démago, en bref, un énième remake sans âme et inutile, qu’on oubliera très vite !

Marc Streitenfeld a vu sa carrière décoller ces dernières années grâce à ses collaborations fructueuses avec Ridley Scott depuis 2006, et plus particulièrement grâce à « Robin Hood » (2010) et « Prometheus » (2012). A l’aise dans le registre du fantastique et du suspense, Streitenfeld était un choix évident pour la musique de « Poltergeist ». A la première écoute, difficile pourtant d’être particulièrement enthousiaste vis-à-vis du dernier effort du musicien sur le film de Gil Kenan. A des années lumières du chef-d’oeuvre de Jerry Goldsmith pour le film de 82, le score de Streitenfeld mise tout sur le sound design électronique et les effets sonores, avec un thème principal faiblard et peu inspiré pour évoquer la petite Madison. Le thème se distingue par son utilisation de cordes aigues en harmonique et son célesta imitant une boîte à musique enfantine. Le Main Theme évoque clairement ce mélange d’innocence et de mystère, mais sans la magie de l’inoubliable « Carol Ann’s Theme » de Goldsmith. Précisons d’ailleurs qu’il est inutile de s’hasarder à comparer les deux scores, tant la musique de Streitenfeld est à l’opposé de ce qu’a pu faire Goldsmith en 1982, et inversement. D’un point de vue esthétique, le score de « Poltergeist » s’inscrit dans la continuité des recherches sonores expérimentales de Streitenfeld sur « Prometheus », dans un style plus proche des travaux bruitistes de Joseph Bishara sur « Insidious », « Annabelle » ou « The Conjuring ». « They’re Here » évoque ainsi la présence des spectres maléfiques grâce à un mélange de sound design obscur et de sonorités électro/synthétiques diverses. Streitenfeld en profite pour créer de nouveaux sons qu’il manipule à sa guise et qu’il mélange ensuite à quelques parties orchestrales rachitiques, en dehors de cordes lugubres et dissonantes. Quelques sonorités étranges et vaporeuses illustrent la présence des poltergeists, tandis que les sons électro sont davantage cohérents dans « Electronics Awakening ». Le thème de Madison est repris dans « They’re Not Pretend, Mommy », mais avec une froideur évidente et sans réelle émotion.

La tension monte dans « Clown Attack » et la fameuse scène du clown maléfique dans la chambre des enfants. Ici aussi, Streitenfeld manipule les sons et superpose les couches sonores en expérimentant quelques samples étranges et farfelus sur fond de cuivres et cordes dissonantes et stridentes. Les amateurs de techniques avant-gardistes apprécieront probablement l’écriture aléatoire et bruitiste du score, le problème étant que le sound design est beaucoup trop présent dans le film et sans réel éclat, en dehors d’une ou deux idées sonores intéressantes. « Maddy Is On TV » évoque la capture de la petite fille dans l’écran de télévision avec le retour des sonorités électroniques étranges des poltergeists et des cordes stridentes. On appréciera ici ces sonorités aigues qui illustrent l’aspect fantomatique du film, une bonne idée que Streitenfeld exploite sur fond d’orchestrations limitées à un flot de cuivres sombres et de cordes stridentes, avec quelques effets de grésillements sonores (comme ceux d’une radio). Dès lors, Streitenfeld a posé les bases du score et se contente uniquement de répéter ad lib les mêmes sons et les mêmes effets jusqu’à la fin du film, sans réelle progression dramatique, sans véritable climax digne d’intérêt. La musique patauge dans un aspect répétitif et mécanique assez gonflant, d’autant que la froideur du score et l’absence d’émotion empêche le score de décoller pleinement ! Le mystère de « Home Improvements » pour la scène où les Bowen sont aidés par Carrigan et son équipe permet au score de maintenir un suspense oppressant dans le film, mais là aussi sans éclat particulier.

« Into the Portal » évoque la détermination du père de famille qui part sauver sa petite fille dans le monde des esprits, à grand renfort de cordes dramatiques, de percussions et de cuivres massifs, dans ce qui reste l’un des passages les plus orchestraux du score. Inversement, la traversée du monde des poltergeists (« The Other Side ») est un prétexte à une énième déferlante de sonorités expérimentales et macabres surréalistes et cauchemardesques, et de quelques scare jumps peu inspirés. « Reunited » tente alors d’apaiser l’ambiance du film avec le retour de Madison auprès de sa famille, tandis que le score met les bouchées doubles pour le final terrifiant de « Let Her Go » et le retour des sonorités étranges des spectres dans une ambiance quasi apocalyptique. Au final, rien de bien fameux avec le score de Marc Streitenfeld pour « Poltergeist » : aux images numériques 3D du film, le compositeur répond par une musique axée sur le sound design et l’expérimentation sonore pure sans aucune originalité particulière. Streitenfeld applique les recettes qui marchent sur les bandes sons des films d’épouvante modernes façon « Insidious » ou « The Conjuring ». Le résultat, limité à une atmosphère sonore obscure et oppressante dans le film, n’a rien de bien follichon et risque fort de décevoir les fans de « Prometheus » et ceux qui s’attendaient à retrouver un Streitenfeld plus inspiré ! On s’imagine d’ailleurs sans mal ce qu’auraient pu faire des compositeurs d’un tout autre niveau comme Christopher Young ou Marco Beltrami sur ce « Poltergeist » bien terne et anecdotique : décevant !



---Quentin Billard