1-The Nobodies
(Wormwood Remix)* 4.59
2-In Memoriam 7.03
3-Royal Connections 5.08
4-A Sprig of Red Grapes 5.12
5-Whitechapel Murders 7.23
6-Chasing The Dragon 7.39
7-Portrait of a Prince 6.45
8-The Compass and
The Ruler 6.06
9-Marylebone Workhouse 3.51
10-Investigation 4.13
11-Death Coach 3.56
12-Pennies For The Ferryman 6.22
13-Bow Belle (Absinthium)** 3.08

* Interprété par:
Marilyn Manson
Ecrit par:
Marilyn Manson
John Lowery


** Soprano et Contralto:
Amanda Floyd, Heather Cairncroff
Paroles de Victoria Seale

Musique  composée par:

Trevor Jones

Editeur:

Varèse Sarabande
VSD-6296

Album compilé par:
Paul Hicks
Producteurs exécutifs:
The Hughes Brothers
Producteur exécutif
pour Varèse Sarabande:
Robert Townson
Monteur:
Alex Gibson
Directeur en charge de
la musique pour
20th Century Fox:
Robert Kraft
Musique supervisée
pour 20th Century Fox:
Geoff Bywater, Michael Knobloch

Artwork and pictures (c) 2001 Twentieth Century Fox Film Corporation. All rights reserved.

Note: ****
FROM HELL
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by Trevor Jones
Polar/thriller horrifique des frères Hugues (réalisateurs de 'Menace II Society' et 'Dead Presidents'), 'From Hell' nous invite à voyager dans le Londres crasseux de 1888 durant l'ère Victorienne. Il s'agit d'une nouvelle adaptation de la sombre histoire de Jack l'Eventreur, le premier grand tueur de l'histoire de l'humanité (en tout cas, le premier à avoir été autant médiatisé). A noter que le titre du film provient de la fameuse lettre reçue le 16 Octobre 1888 par le président du comité de surveillance de Whitechapel, George Lusk, la sinistre missive démarrant ainsi par les mots 'From Hell', envoyée avec un bout de rein d'une des victimes de Jack l'éventreur. La lettre a probablement été écrite par le tueur lui-même puisqu'il s'adresse ici en personne à la police britannique. L'histoire se passe dans le quartier de Whitechapel à Londres. Une nuit, la police découvre le corps atrocement mutilé d'une prostituée du quartier. Inspiré du fameux comics d'Alan Moore et d'Eddie Campbell (adapté de l'histoire vraie de ce mystérieux tueur de Londres qui ne fut jamais démasqué), 'From Hell' nous décrit la lente descente aux enfers de l'inspecteur Abberline (excellent Johnny Deep, dans un rôle qui rappelle un peu celui qu'il tenait dans 'Sleepy Hollow' de Tim Burton) dans un univers macabre où les cadavres des prostitués retrouvées sont de plus en plus mutilés jusqu'à la dernière victime sur laquelle le tueur semble s'être particulièrement acharné. L'intrigue du film est très prenante, le mystère est total même s'il n'est pas bien difficile de deviner l'identité du tueur vers le milieu du film. Mais c'est surtout l'incroyable mise en scène du film qui constitue l'atout majeur de 'From Hell', une mise en scène extrêmement tendue qui transforme le quartier de Londres en allégorie des enfers, un lieu de perdition et de vice pour les hommes dans lequel le diable a pris les traits du mystérieux Jack l'éventreur, qui commet les meurtres les plus odieux de façon très chirurgicale, ce qui, dans la réalité, incita la police à soupçonner un médecin en tant que suspect principal dans cette sombre affaire, et ce même si l'on parle aussi très souvent du Prince Albert Victor, considéré comme le suspect N°1 dans cette affaire malheureusement non résolue. L'histoire vraie semble toute aussi terrifiante que le film si l'on s’en réfère aux nombreux documents d'époque, les frères Hugues s'étant pas mal rapprochés de la réalité avec 'From Hell'. Film dur et angoissant à l’ambiance incroyablement pesante, 'From Hell' nous rappelle finalement qu'une bonne mise en scène constitue avant tout l'atout majeur dans ce genre de production.


Trevor Jones nous avait déjà épatés avec l'ambiance sombre et macabre de sa musique pour 'Angel Heart'. Dans un registre assez similaire, le compositeur revient sur 'From Hell' pour une partition nettement moins originale mais tout aussi intéressante en tant qu’atmosphère musicale dans le film. Ecrite pour l'orchestre symphonique traditionnel (interprété par le fameux Academy of St.Martin in The Field) avec plusieurs éléments synthétiques et un choeur mixte ténébreux, le score de ‘From Hell’ nous plonge d’emblée dans le monde des enfers avec cette musique sinistre et pesante qui instaure une ambiance étouffante dans le film. La partition est bâtie autour de trois thèmes principaux, le plus important étant le thème dramatique/romantique entendu en premier dans 'In Memoriam', thème de cordes d'ambiance dramatique (assez triste dans l'âme) qui nous permet un peu de respirer et d'apporter une touche d'humanité essentielle au sein d'un score très sombre et pesant. Le thème principal du score de 'From Hell' (qui n’apparaît pas tout de suite dans le film) décrit la romance naissante entre l'inspecter Abberline et de la prostitué Mary Kelly (excellente Heather Graham) - qui en réalité fit partie des victimes de Jack l'éventreur bien qu'il fut assez difficile d'identifier son cadavre étant donné l'état dans lequel on retrouva son corps - le thème apporte un côté tragique assez poignant à cet amour impossible étant donné l’univers cauchemardesque dans lequel tente d’éclore leur relation. Le thème principal de 'From Hell' s’avère donc être très pessimiste, puisqu'il évoque le fait que le monde est tellement perverti par la bêtise humaine que tout amour ne peut prétendre s’épanouir sous peine d’être automatiquement annihilé. C'est en tout cas ce que ce thème poignant et sombre semble vouloir suggérer à travers ses cordes plaintives et touchantes (le pupitre des violoncelles étant particulièrement bien prisé dans ce thème). Le reste du score délaisse quelque peu cette émotion à fleur de peau et opte davantage pour une approche plus sombre et pesante, baignant dans une atmosphère atonale gothique et suffocante.

Les pistes de l'album de Varèse Sarabande (70 minutes de musique !) sont organisées sous forme de suites symphoniques regroupant différents passages de la musique du film. Ainsi donc, on pourra entendre au début de 'In Memoriam' le morceau du générique de fin et quelques autres passages entendus pour la première partie du film (l'ordre chronologique n’est pas respecté ici !). ‘In Memoriam' commence ainsi avec ce motif de contrebasses inquiétant (que Trevor Jones a repiqué de la ‘Marche Funèbre’ du ‘Siegfried’ de Richard Wagner) et qui renforce le caractère sinistre et pesant de cette musique. On notera ici l’emploi mystérieux du choeur et l'utilisation du très dramatique thème principal aux cordes, de même que la seconde partie (scène nous dévoilant un Londres agité et crasseux) est accompagnée avec de la percussion et des cordes plus rythmées et menaçantes, sans oublier l'apport immense du synthétiseur qui, suivant le cas, sait se faire discret tout en se tapissant dans l'ombre ou, à contrario, surgit brusquement avant des sonorités plus profondes, macabres et inquiétantes. La dernière partie de 'In Memoriam' utilise un ostinato rythmique de caisse claire entêtant (inspiré du 'Dracula' de Wojciech Kilar mais aussi de ‘Alexandre Nevsky’ de Prokofiev), avec un thème de choeurs/cordes que l'on retrouvera magistralement amplifié dans l'excellent 'The Compass & The Ruler'. Le dit thème évoque la terreur qu’inspirent les crimes de Jack l’éventreur, le morceau se concluant d’ailleurs de façon plus grandiose avec le thème de Jack, motif construit sur trois accords sombres et ténébreux, et qui à eux seuls révèlent toute l'intensité du mythe de ce mystérieux serial-killer. Ce thème harmonique sinistre peut paraître quelque peu anodin à la première écoute, il n'en demeure pas moins très présent tout au long du score, illustrant à la perfection la terreur et l’angoisse que suscitent les meurtres de Jack, le thème le décrivant ainsi comme un personnage puissant, un démon inatteignable.

'Royal Connections' débute avec une section plus dramatique aux cordes entendue lors de la scène avec John Merrick, plus connu comme étant le personnage du célèbre 'Elephant Man', et s'enchaîne ensuite avec une série d'ambiances noires et tendues où l'on retrouvera finalement le superbe thème de Jack en guise de conclusion. 'A Sprig of Red Grapes' évoque l'atrocité des meurtres commis par Jack (le morceau commence avec la scène du cimetière où Abberline part interroger Mary Kelly) en maintenant ce climat de tension en continu et ses sonorités orchestrales/synthétiques toujours très pesantes et extrêmement glauques. A noter ici le terrifiant sursaut orchestral lors d'une scène de meurtre, Trevor Jones utilisant une rythmique synthétique discrète en arrière-fond tout en évoquant très clairement ici la terreur. Le compositeur prolonge dans le film cette ambiance de terreur pesante avec le sinistre 'Whitechapel Murders' qui débute sur le motif menaçant des contrebasses. Le morceau commence en réalité sur le morceau entendu en ouverture du film pour le générique de fin, alors que des flûtes exotiques tout à fait inattendues suggèrent ici une brève allusion au thème principal avant que le titre du film n'apparaisse au son du sinistre motif harmonique de Jack (notons ici les voix synthétiques macabres). Dès le début du film, le compositeur donne le ton alors qu'il reprend ensuite ce motif de contrebasse à la Wagner - les auditeurs plus attentifs pourront même remarquer que le même motif est repris discrètement aux bassons en arrière-fond. Le morceau permet ainsi de poser les fondations d’une atmosphère pesante et lourde qui va très vite s'installer dans le film, et ce dès les premiers plans du quartier de Whitechapel dans lequel l'humanité est entassée comme un troupeau de bêtes sales.

Le sombre 'Chasing The Dragon' évoque avec ces étranges voix psychédéliques synthétiques et ce son de battements de coeur (héritage du score de 'Angel Heart'?) une scène où Abberline s’est drogué et replonge dans une de ses nombreuses hallucinations/visions qui lui permettent d'avancer dans son enquête et de trouver de nouvelles pistes. On ne pourra ensuite que frissonner à l'écoute du superbe 'The Compass & The Ruler', le concept du morceau reposant essentiellement ici sur une ouverture très particulière - et inattendue - le thème gothique des meurtres de Jack étant joué dans le film sur un vieux phonographe poussiéreux, et ce avant que la qualité moderne normale du son telle que nous la connaissons aujourd'hui reprenne le dessus lors d'une transition entre le plan du phonographe et celui du quartier la nuit. 'The Compass & The Ruler' développe pleinement ce superbe thème des meurtres avec ce caractère terrifiant amplifié ici par un choeur d'hommes évoquant le monde des enfers, et ce alors qu'Abberline met au point sa théorie sur la construction symbolique de l’emplacement des différents meurtres de Jack l’éventreur dans la ville. 'Death Coach' accompagne la scène où Abberline se fait capturer par des hommes de la société secrète et l'emmènent en chariot. Cette scène plus violente permet à Trevor Jones d'écrire l’un de ses rares passages d’action en élaborant une rythmique de cordes excitante lorsque le personnage de Johnny Depp réussit à s'échapper du chariot en tuant ses agresseurs. Finalement, c'est le poignant 'Pennies for The Ferryman' qui marque la fin de l'aventure pour l'inspecteur avec une superbe reprise du thème dramatique qui résonne ici de façon plus tragique et mélancolique, le morceau se concluant alors par une ultime reprise lente et ténébreuse du thème de Jack.

'From Hell' est un score difficile à apprécier à la première écoute mais qui nécessite plusieurs auditions afin de pouvoir mieux rentrer dans l'univers étouffant de la musique de Trevor Jones. Le compositeur nous livre un opus musical sombre, macabre et fascinant pour le film des frères Hugues, une partition gothique et ténébreuse qui déroute particulièrement à la première écoute et s’impose par sa noirceur absolue et son caractère extrêmement pesant dans le film. Trevor Jones a parfaitement cerné les différentes facettes du film, la partition de 'From Hell' étant l'illustration musicale parfaite de l’histoire vraie des méfaits sanguinaires de Jack l’éventreur. Il ne fait donc nul doute que 'From Hell' est l’une des meilleures partitions de l’année, une partition extrêmement sombre qui devrait séduire les amateurs de musiques gothiques ténébreuses. Une grande réussite !


---Quentin Billard