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FLUKE
ORIGINAL MOTION PICTURE SOUNDTRACK
Music composed by CARLO SILIOTTO
'Fluke' est la preuve incontestable que l'on peut aisément créer un drame tout en y incorporant une certaine dose de magie et de fantaisie. Adapté du roman homonyme de James Herbert, le film de Carlo Carlei peut s'aborder à la fois comme une comédie familiale et comme un drame poignant et sérieux, surtout dans les thèmes qu'il aborde. Thomas Johnson (Matthew Modine) se tue un jour dans un terrible accident de voiture. Il revient à la vie sous la forme d'un chien et mène sa nouvelle vie en compagnie de son ami Rumbo. Rebaptisé 'Fluke' par une clocharde qui vit dans la rue, il commence à se souvenir de son ancienne vie qui lui revient alors par fragments en flash-back. Il se souvient qu'il avait une famille, avec une femme qu'il aimait et un petit garçon. Il comprend dès lors qu'il n'a pas été un bon père pour lui et il va tout faire pour tenter de se racheter en devenant le nouveau chien fidèle de sa famille, sur qui il pourra désormais veiller. Il se souvient aussi qu'il avait eu à faire à Jeff Newman (Eric Stoltz), son collègue de travail qui était responsable de sa mort dans l'accident de voiture. Le jour où Fluke voit apparaître Jeff dans sa maison, il devient fou furieux et lui saute violemment dessus pour le mordre. Mais ses souvenirs concernant Jeff Newman sont encore trop flous. Peut-être qu'après tout c'était son ami? 'Fluke' vaut surtout par son mélange subtil entre comédie familiale animalière tendance 'Homeward Bound'/'Air Bud' et drame poignant avec comme sujet un père de famille à qui la vie offre une seconde chance sous la forme d'un chien. Bien sûr, le film est bourré d'incohérences (comment Fluke peut-il se souvenir en détail du fait que son ami est venu l'aider lors de son accident alors qu'il était déjà mort?) et on a du mal à croire à cette histoire de chien qui se souvient de sa vie humaine, mais le film est tellement émouvant et parfois très triste (cf. les retrouvailles finales auprès de la tombe de Thomas Johnson et la décision de Fluke de ne plus vivre auprès de sa famille pour tourner définitivement la page) qu'on parvient même à oublier ses quelques défauts (comme par exemple le personnage totalement sans intérêt de Ron Perlman). Le message du film est quant à lui assez clair: il faut aimer la vie, et ce sous toutes ses formes!

Carlo Carlei a fait appel au compositeur italien Carlo Siliotto avec qui il avait déjà collaboré sur 'La Corsa dell'innocente' (The Flight of The Innocent) en 1993. Le compositeur originaire de Rome signe un score de qualité pour 'Fluke', révélant un goût sûr pour des orchestrations inventives et fraîches, un certain classicisme d'écriture et des thèmes de qualité. Le score de 'Fluke' charme dès la première écoute par la fraîcheur et la simplicité de ses différents thèmes que l'on peut résumer ainsi: d'abord, un thème principal mémorable, qui possède par moment un côté aérien et majestueux, associé à Fluke et à sa quête pour retrouver son ancienne famille et la protéger. Ensuite, on trouve un thème mélancolique accompagnant les passages plus dramatiques et tristes du film (et ils sont nombreux). On trouve aussi un motif de harpe associé au jeune chien dès le début du film, un thème plus intimiste, nostalgique et émouvant pour les souvenirs de la famille (accompagnant ainsi certaines séquences de flash-back) et un thème plus majestueux et entraînant associé à Rumbo. Le début du score conserve encore le mystère, Siliotto ayant ainsi choisi d'ouvrir le film sans utiliser un seul thème mais en ayant recours à du synthétiseur atmosphérique qui annonce une introduction intrigante ('Night Chase/Tunnel of the Afterlife'). Peu de temps après, le motif de harpe soutenu par une guitare basse discrète accompagne les premières minutes de la nouvelle vie du jeune chiot. On notera alors l'instrumentation inventive du compositeur, qui utilise par exemple le xylophone pour souligner la vivacité du chiot, un élément que l'on retrouve amplifié dans la scène où il s'échappe du chenil. C'est là où le compositeur en profite pour nous dévoiler le superbe thème principal, confié à des cordes amples, souvent accompagné par le piano, la harpe, les vents et plus particulièrement une flûte aux accents 'irlandais', synonyme ici d'évasion et de liberté. Avec ce thème principal simple mais très réussi, Carlo Siliotto a réussit à capter toute l'essence du film. A vrai dire, tous les thèmes de sa très belle partition orchestrale évoquent tous à merveille les différents sentiments du film, que ce soit la tristesse, l'amour, l'amitié, la détermination, l'appréhension, etc. Les séquences où Fluke cavale aux côtés de Rumbo sont accompagnées à leur tour du sympathique thème de Rumbo, confié aux cordes, aux vents et au piano. A noter que le compositeur délaisse ici les cuivres et ne conserve que les trompettes, utilisées pour apporter une couleur plus majestueuse à certains passages entraînants.

Les séquences de flash-back sont illustrées avec un très joli thème intimiste qui pourrait presque faire office de 'Love Theme'. Fluke se souvient alors de sa femme et de son fils, et du bonheur qu'il ressentait en vivant avec eux. Ces souvenirs pleins d'une nostalgie poignante se retrouvent ainsi amplifiés dans le thème des souvenirs, souvent confié à un piano, quelques synthétiseurs un peu 'new-age' et l'utilisation réussie d'une voix féminine qui donne presque un côté angélique à ces séquences. Siliotto se plaisant alors à changer d'ambiance d'un morceau à l'autre, 'Lab' se veut plus sombre, pour la séquence où Fluke est capturé dans un laboratoire où l'on teste des produits cosmétiques sur lui. Très vite, le thème de Rumbo revient en force dans 'Rumbo Goes On' sur un ton quasiment héroïque (trompette, cordes, etc.), lorsque l'ami de Fluke vient sauver ce dernier et l'aide à s'échapper du laboratoire. C'est l'occasion pour le compositeur de nous donner à entendre une superbe reprise très aérienne du thème principal dans 'Journey To Hopewell' où Siliotto évoque à présent la détermination du chien qui traverse tout le pays pour retrouver sa famille. Entre temps, il nous a tiré les larmes des yeux en ayant recours à son poignant thème mélancolique pour la mort de Rumbo (l'une des plus tristes séquences du film), un thème lui aussi très simple mais dont la simplicité se répercuté avec émotion dans les images du film. 'School/Carol and Brian!' évoque à la fois la solitude de Fluke lorsqu'il se rend à l'école pour retrouver sa famille, solitude qui débouche sur une touche d'espoir avec une nouvelle variante émouvante du thème principal avec cordes, piano, vents et harpe lorsque Fluke retrouve enfin Carol et son fils Brian.

La dernière partie du film, plus dramatique, permet au compositeur de développer plus intensément ses différents thèmes. Ainsi, le thème des souvenirs devient plus présent au fur et à mesure que Fluke se souvient de qui il était lorsqu'il vit chez Carol et Brian. Le thème mélancolique évoque alors ses tourments et accompagne même de manière poignante la scène de la mort de Thomas, où le compositeur associe même la voix féminine qui illumine alors cette scène d'une émotion certaine et honnête. 'Office' est un peu à part, puisque le compositeur utilise alors majoritairement ici du synthétiseur pour accompagner la scène où Fluke se rend à l'ancien bureau où il travaillait auparavant avec Jeff Newman, qu'il croit toujours être son ennemi. Le synthé se veut ici plus intrigant, plus mystérieux, illustrant les questionnements et l'errance de Fluke, en quête de réponse. Voilà une bonne idée qui prouve bien que Carlo Siliotto semble avoir décidément plus d'un tour dans son sac, en renouvelant ses idées tout au long de sa partition. La partition atteint son climax d'émotion dans 'Running In The Snow/Carol Goes To Brian' pour les retrouvailles finales sur la tombe de Thomas, Siliotto en profitant au passage pour nous offrir quelques variantes mémorables du thème principal confié à une flûte ou dans 'Forever/The Squirrel', coda finale émouvante de la partition de 'Fluke', débouchant sur la suite de 'We Are All The Same/It's a Wonderful Life' pour le générique de fin, qui résume à merveille toutes les principales idées et ambiances du score.

Certes, le score de 'Fluke' n'est peut être pas révolutionnaire ou divin, mais il n'en demeure pas moins une musique de très grande qualité, qui, en plus de coller à merveille au film de Carol Carlei, fait preuve d'une grande sensibilité, d'une poésie et d'une émotion pleine d'honnêteté et de justesse. Carlo Siliotto nous donne à entendre ici des thèmes d'une simplicité étonnante et qui, pourtant, sied à merveille au film. C'est d'ailleurs la qualité de ces différents thèmes qui constitue l'atout majeur de la partition de 'Fluke', le tout allié à des orchestrations très réussies et fraîches à la fois. Jamais sa musique n'essaie d'en faire de trop et d'ankyloser le film avec des tonnes de bons sentiments. La justesse de ton de sa partition nous renvoie simplement à l'émotion du très beau film de Carlo Carlei. Alors si la BO de 'Fluke' n'est pas le chef-d'oeuvre ultime, elle n'en demeure pas moins une des partitions essentielles du compositeur!


---Quentin Billard
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